Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

14 octobre 2008

Une virée en sologne

Aujourd'hui je vais vous faire voyager loin, très loin même, laissant ainsi s'immiscer en vous ce doux parfum d'exotisme qui nous colle tous un peu à la peau et parce que plus de 200 kilomètres de la ville-capitale, on aura beau dire mais c'est carrément le bout du monde! (comprenez, l'aventure se situe au-delà du périph' ^^)

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200 kilomètres et des poussières me direz-vous, mais où est-ce donc que cette contrée?
Petite devinette:
Il ne s'agit ni du pays de nos amis les ch'tis, ni d'une côte toute en falaises d'un bord de Manche et encore moins de l'est de la France.
Non, je dirais plutôt que c'est un joli coin perdu en plein milieu de bois qui fleurent bon la fougère et la lavande, parsemé de villages fleuris, d'étangs recouverts de nénuphars et de chemins sableux.
Un endroit qui mène doucement aux châteaux de la Loire et qui oscillant entre Cher et Berry se lance sur les traces d'Alain-Fournier, de son oeuvre et de sa trop courte vie.
Une campagne un peu intemporelle, imprégnée d'un passé historique certain et où les légendes et traditions d'antan, vieilles histoires de sorcellerie et superstitions de villageois aiment à revivre en se mêlant à la réalité dans un délicieux paradoxe.
Une région où finalement le quotidien tout entier semble s'être arrêté à des temps plus reculés, sorte de lieu vaguement mystique et qui me colle furieusement à la peau quand je décide de retomber docilement dans quelques anecdotes d'enfance ou d'adolescence.

La Sologne

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Et si j'en parle avec tant de passion, c'est que c'est un petit endroit, simple et charmant, que j'affectionne tout particulièrement ce qui tombe plutôt bien puisque je m'y suis rendue il y a juste une semaine, le temps d'une évasion-éclair d'une journée, sur les traces d'une ancienne maison familiale et dans de lointains souvenirs de balades en vélo.
C'est que j'avais l'air bien parisienne d'un coup, toute imprégnée de mon camaïeu de gris, petit chapeau assorti à mon sac et mes bottines, le tout saupoudré de mon trench d'amour... Pas du tout couleur locale, façon "bobo" fraîchement débarquée à la campagne mais sans son vélib' (citation de ma mère...)  pour la première fois de ma vie.
Et pourtant si vous saviez, loin de moi cette idée saugrenue!
Parce que là-bas, avant d'être une cambrousse lambda qui me paraîtrait hostile et à défaut d'être ma seconde maison (si vous suivez bien, cette dernière se nomme "côte d'azur"), c'est un peu mon troisième lieu de prédilection.
Un lieu drôle, convivial et plein de vie qui me ferait presque regretter, dans des bribes de conversations et des voix à jamais immortalisées de bons moments du temps passé!

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La Sologne en effet, du plus loin que je me souvienne, est associée à tout un tas de souvenirs hasardeux de mon enfance.
Je vous raconterais bien alors comment à cinq ans, j'employais volontiers les mots "pinède" et "caquetoire" à toutes les sauces, surtout quand il y avait des invités, mais sans doute était-ce du à un père trop soucieux de vouloir instruire sa fille en lui inculquant un vocabulaire qu'elle ne pourrait hélas jamais utiliser en cour de récré...
Je vous expliquerais bien aussi combien ma mère était heureuse de m'entendre lui dire que j'allais "bosser" croyant au potentiel évident d'une enfant trop studieuse durant son été alors que dans mon jargon, cela signifiait quelque chose du genre aller faire une promenade à vélo pour sauter des mottes de terre immenses, à me croire sur un terrain de BMX mais sans le BMX.
Accessoirement, je faisais tout de même quelques devoirs de vacances pour la forme (souvenez-vous des fameux Passeports!) mais c'est surtout parce que j'avais trouvé la cachette des corrigés ^^

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La Sologne était aussi le lieu où, visitant souvent de nobles demeures,  je me prenais pour une sorte de princesse des temps modernes, pouvoirs magiques à l'appui et quand ce n'était pas le cas, c'est qu'inspirée par mes lectures de l'époque, je me voyais déjà transformée en Sophie (à qui il arrivait bien des malheurs dans le livre de la Comtesse de Ségur; eh oui, on a les rêves qu'on peut!), ou encore en fée bleue, jolie demoiselle immortalisée dans le conte de  Pinocchio. A eux deux, ils étaient effectivement les livres de la bibliothèque poussiéreuse que je relisais chaque année inlassablement excepté quand Le journal de Mickey venait à débarquer, ô comble du bonheur.
J'ai d'ailleurs bien tenté un changement de mes habitudes littéraires en me lançant à corps perdu dans Jonathan Livingston le goéland mais allez comprendre pourquoi, l'identification au personnage fut légèrement plus rude... et je ne vous parle même pas du film!

De retour de visites des châteaux de la Loire (oui, je crois bien que je n'en ai pas manqué un et la plupart ont souvent eu droit à plusieurs séquences)  je me prenais à mon tour pour un guide fortement instruit et je passais des heures à commenter les meubles et les pièces de la maison familiale en leur donnant à tous un fort potentiel historique qu'ils n'avaient décidemment pas mais que je m'obstinais à trouver, dans un effort d'imagination certain.
Je songeais ensuite à un moyen ludique de dresser mon chien de l'époque, le faisant sauter de chaise de jardin en chaise de jardin et lui offrant un Mac Do en guise de récompense (le pauvre...) ou bien coursais les libellules sur le bord des étangs.
Au cours des soirées du mois d'août, en même temps que les étoiles filantes qui évidemment filaient, se pavanaient surtout dans les airs au dessus du jardin une flopée de "ratapanades" (plus communément appelées "chauve-souris") qui avaient le don de paniquer toute la maisonnée pour mon plus grand bonheur...
Eh oui, je suis sans doute une phobique de tout et n'importe quoi dans la vie, mais les chauves-souris ne m'ont jamais fait peur.

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Oh! Il y aurait encore bien du dossier sur tous ces moments intenses passés dans un état de distraction absolue mais en dehors de ces quelques révélations juteuses, j'avais aussi de "vraies" activités, hautement instructives.
Et l'on va faire comme si vous me preniez au sérieux.
J'ai ainsi pu m'adonner aux joies du VTT sur surface totalement plane où l'on écrase des hérissons déjà morts et parfois même des serpents (plats, eux aussi), du badminton, du pédalo, du foot savonneux (soupir), du feu d'artifice du 14 juillet en direct-live de l'étang municipal (!), de la marche à pied, du mini-golf (oui j'aime bien, c'est kitschissime le mini-golf ^^), de la conduite sur Peugeot 406 (essais peu concluants) et pire encore, à la pratique des ricochets sans jamais y parvenir, ne serait-ce qu'une fois.
(On le savait déjà, j'ai deux mains gauches...)
A bien y réfléchir d'ailleurs, toutes ces activités avaient une forte tendance 90's car j'imagine mal les enfants d'aujourd'hui se mettre pareillement en péril!
Je n'entends d'ailleurs pas par là "danger" mais plutôt "dossier", une fois encore ^^

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Cependant, il ne faut pas croire que mes vacances solognotes étaient de tout repos pour autant.
Parfois même, c'était carrément périlleux.
Les balades en voiture s'accompagnaient toujours en effet de la musique de Joe Cocker, même chanson écoutée en boucle sur tout le trajet, niveau sonore le plus élevé mais ça, c'était lorsqu'on ne se faisait pas assaillir par une pluie de grêlons d'une bonne demi-heure à vous briser tout un pare-brise!
Il fallait de surcroît éviter à tout prix sur la route chevreuils et autres trucs-qui-marchent-rampent-ou-volent-mais-dont-je-ne-sais-toujours-pas-le-nom.
Il était de rigueur aussi de se faire tremper à vélo parce qu'une pluie fine se révélait souvent être une véritable tempête (que dis-je, un typhon!) mais que larguée dans la nature et pire encore, dans les bois, à 20 kilomètres de la maison, je n'avais pas d'autre choix que de pédaler!
Enfin, j'aimais bien faire enrager tout le monde en organisant de fausses fugues, soigneusement cachée dans un recoin de la demeure ce qui me permettait justement de l'avoir pour moi toute seule pendant un bon moment tandis que toute la famille s'en allait à ma recherche dans le village, totalement paniquée...
Accessoirement, les boules de pétanque ont pu écraser légèrement mes pieds, les ponts en bois pourri au-dessus des étangs avaient ce je-ne-sais-quoi de pas très rassurant et qui pouvait nous flanquer à l'eau en moins de temps qu'il ne me faut pour l'écrire, les anguilles pullulant dans ces mêmes étangs (beurk!) et je me suis fais quelques frayeurs dans la maison familiale qui parfois, me semblait hantée...
(de longs couloirs, le bois qui craque, une pièce peinte en rouge-sang et le mal était fait: je m'imaginais déjà dans Shining...)

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Cela dit, en dehors de toutes ces péripéties de petite fille, j'ai pris bien plus de bon temps en grandissant et en ramenant dans ladite maison, toute la joyeuse troupe de copines de mes seize ans en plein âge bête, gloussements et maquillage de rigueur, d'avantage prêtes à faire les boutiques à Orléans plutôt qu'à visiter la cathédrale, tenter quelques abdos piochés au hasard dans ce merveilleux magasine qu'était Jeune et Jolie (me demande bien s'il existe toujours d'ailleurs...), se pavaner dans les rues de la "grand ville" en tenue de modasse, écouter la merveilleuse radio locale (Vibration fm) en se faisant les ongles et en prenant une tripotée de photos au moyen d'un Kodak jetable, et s'essayer à la grasse matinée pour remplacer les randonnées VTT.
Une sorte de "procrastination power" avant l'heure qui s'apparenterait presque à ma vie actuelle, pour un peu :)
... J'ai dit presque...

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J'en retiens aussi quelques visites cocasses que je ne regretterais pour rien au monde...
Le musée de la sorcellerie, le musée de la magie, la dégustation de gâteaux au château de la Ferté-Saint-Aubin, une fête médiévale de village ou encore l'exposition "Tintin" notamment sont autant de moments improbables que vécus.
La visite nocturne du château de Chambord en mode "Sons et Lumières", à circuler en toute liberté dans les pièces du magnifique édifice, une lanterne en main, et découvrir ainsi un aspect incroyablement fascinant du lieu demeure quant à elle, l'un de mes plus beaux moments.

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Alors voilà.
La Sologne représente sans doute un peu aux yeux des gens le "trou du cul du monde", et la campagne profonde, et la verdure partout, et le froid, et les petites bébêtes dans les bois noirs et tout ce que vraisemblablement je n'aime pas trop non plus, de coutume.
Mais le fait est que j'affectionne profondément cette région parce qu'à défaut d'y vivre (et c'est sans doute mieux ainsi...), je me complais dans des souvenirs un peu dépassés c'est certain, mais suffisamment frais et attachants pour me faire oublier combien la vie parfois nous apporte son lot de soucis sitôt qu'on grandit.
Et parce qu'aussi minimes soient-ils, ils font partie intégrante de mon histoire, eux aussi...
Symbole de moments délicats et chaleureux, symbole aussi d'un passé historique dont je me rends mieux compte à présent et qui ne cesse de me fasciner, la Sologne me fait rêver de par sa part de mystère obscure, poétique et parfois un brin effrayante que je ne m'explique décidemment pas mais que je me contente de ressentir dés que j'y pose un pied.
(Bien que cela devienne plus rare à présent)
Et ce n'est vraiment que par manque de temps que mardi dernier, je n'ai pas enfilé un vieux jogging mité par dessus ma délicate robe en laine pour aller humer le bon air au milieu des "pinèdes" (c'est que j'y tiens, moi, à ce mot) et traquer de la girolle dans le paysage roux de l'automne qui s'amorce.

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Alors, imprégnée par une fragile promenade de fin d'après-midi sur les lieux nostalgiques de souvenirs pourtant pas si lointains encore, je serais bien restée des heures ainsi, dans cet impensable endroit, à la croisée des mondes passés et présent, à m'inspirer de ce qui a été, ce qui n'est plus et ce qui sera.

-Livy-

Illustrations:
Une balade en Sologne
Quelques paysages immortalisés
Un ciel tourmenté d'octobre
Le village de Vouzon

Posté par livy_etoile à 08:00 - Parisienne en vadrouille - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires

    très touchant ce petit aperçu de livy enfant et ado!
    ça donne envie que tu m'invites découvrir la sologne avec toi!
    marjolaine pas du tout intéressée comme amie!

    Posté par musy, 14 octobre 2008 à 20:21
  • C'est bien de faire une petite introspective. C'est fou comme enfant on peut tout critiquer, ne rien aimer (okay je parle peut-etre de moi au portugal) ... Et puis plus tard (okay j'ai veilli) parler avec nostalgie de ses moments.

    Pour reprendre Musy ca donne envi la sologne après cet article.

    (En plus en Sologne y a aussi Center Parc)

    Posté par John C., 15 octobre 2008 à 01:08
  • Hum, ça sent le trek en sologne tout ça.
    L'aventure.
    Le goût du risque.
    L'inconnu.
    (hé hé)
    Je vais vous prendre au mot et tous vous embarquer, vous n'allez pas être déçus...

    Musy:
    Eh oui, il va te falloir camper au milieu des pinèdes et des serpents parce que la maison familiale, ça fait bien longtemps qu'elle ne m'appartient plus

    John:
    Je te parle "châteaux de la loire" et tu me réponds "Center Park". Incorrigible vraiment...
    Quoi, j'ai aussi mentionné "pétanque" et "golf miniature" parmi les activités pratiquées?
    Ah mince, autant pour moi alors

    Posté par -Livy-, 15 octobre 2008 à 08:21
  • vdm

    tu as vu?
    http://www.amazon.fr/Vie-Merde-Valette-Maxime/dp/235076091X?ie=UTF8&s=books&qid=1217199648&sr=8-2
    je suis sure que tu vas commender le bouquin!
    musy

    Posté par musy, 17 octobre 2008 à 18:22
  • Ah j'avoue. C'est tentant. Mais de là à le commander, je ne suis pas atteinte à ce point là!
    (enfin, je crois...)
    Pour le moment, je vais simplement me contenter de ma VDM à moi, c'est un bon début et puis ça fait plein d'anecdotes passionnantes pour les copines ^^

    PS: Merci pour le p'tit dîner d'hier soir

    Posté par -Livy-, 17 octobre 2008 à 20:53

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