Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

24 novembre 2010

La valse 2010 des films de l'automne [1]

Novembre presque achevé et mes idées cinématographiques bien en place, il était enfin temps pour moi de commencer mes nouvelles rédactions de critiques et résumés, toutes embrouillonnées encore (ne cherchez pas, j'invente des mots) mais aucunement oubliées.
Et tant qu'à visionner des films par poignées et tout laisser de côté lorsque le temps vient à manquer, je me devais tout de même tôt ou tard de me motiver à rédiger quelques nouveaux billets... Voici donc que je me suis, depuis quelques semaines, lancée dans une mise à jour étudiée des moultes séances passées dans quelques cinémas de quartier, osant écrire les premiers essais et me prenant au jeu de me remémorer deux mois entiers passés dans les salles obscures, avec quelques notes-souvenirs griffonnées dans un carnet.
Des moments drôles, décalés, déjantés, romancés, rêvés ou ennuyés...
... Et même pour l'occasion, quelques uns de mes réalisateurs préférés !
Il était comme un passage obligé que l'écriture suive de son plein gré,
Pour mieux laisser le septième art opérer.

En demi-teinte ou en ébullition,
Trash décalé ou belles effluves d'émotion,
Ce premier post en cache quelques futurs autres bien ancrés,
Sorte de musicalité raffinée pour créativité qui s'assume,
J'en oublie le reste et prends désormais la plume :)

*

Coup de cœur

The_social_network

The Social Network de David Fincher
Ça parle de quoi ?
"2003. Mark Zuckerberg, étudiant, pirate le système informatique de l'Université de Harvard pour créer le site "Facemash", sorte de base de données répertoriant toutes les filles du campus. L'information se diffuse à la vitesse de l'éclair et le site devient viral, détruisant tout le système de Harvard. Mark est accusé d'avoir violé intentionnellement la sécurité, les droits de reproduction et le respect de la vie privée. Mais c'est au même moment que naît ce qui deviendra "Facebook". Car quand Mark se penche sur "thefacebook.com", le site se répand comme une traînée de poudre d'abord à Harvard, puis s'ouvre aux principales universités des États-Unis avant de gagner le monde entier... Quels ont cependant été les faits exacts et les conflits engendrés des suites de ce réseau social planétaire ?" 

Difficile de trouver à redire sur ce qui sera d'ores et déjà pour moi un moment culte du cinéma de 2010. Il faut avouer qu'on a là un zéro fautes dans la singularité même de ce biopic atypique et énervé, qui nous fait grincer des dents tout en s'épanouissant.
Le film-documentaire de David Fincher est en effet une mine d'informations percées à jour, comme une vengeance lente mais impitoyable qui se dessine crescendo, et dont la construction en flash-back emplies de tensions, de prime abord un peu compliquée, se montre tout aussi soignée qu'originale et inattendue.
Intelligemment incisif, il relate les faits avec un souci explicatif avéré et passionne par sa mise en scène trépidante et dynamique, tout en se targuant d'une réalité qui, à défaut d'être parfois exagérée, reste néanmoins très emblématique de notre génération.
Car ce n'est pas seulement de Facebook dont il est question ici, mais d'un système entier à remettre en cause, un état d'esprit actuel, et les dangers du modernisme, complots à l'appui. Ainsi, derrière le portrait sensible de Mark Zuckerberg, aussi brillant et arrogant que seul et perdu, se dresse le fragile tableau de tout un univers geek au parfum d'amertume tragique qui marque et transcende.
Avec l'aide de jeunes acteurs convaincants et très prometteurs, additionné à un sujet cruel fort bien amené, point de pause ni de répit dans la réalisation. Le rythme ne faiblit pas, Fincher mène tambour battant son chef-d'œuvre informatique et le développe sans heurts, nous instruisant objectivement par moments, se jouant des anecdotes à d'autres, et surfant ainsi sur la palette des différents registres avec un talent qu'on ne peut lui enlever.
De longueurs, aucune. Et à nous, spectateurs, le libre-arbitre et la réflexion, l'envie de comprendre, la curiosité de pénétrer dans cette ère nouvelle ou de la dénigrer, au choix...
A presque nous donner l'idée d'envoyer à Fincher une demande d'ajout d'amis ;)
Simplement grandiose.

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Pas mal mais pas transcendant

Ces_amours_l_

Ces amours-là de Claude Lelouch
Ça parle de quoi ?
"Le destin flamboyant d'une femme, Ilva, qui, sa vie durant, a placé ses amours au dessus de tout et se les remémore au rythme d'un orchestre symphonique. Dans cette fresque romanesque, elle incarne tous les courages et les contradictions d'une femme libre. Et si ce n'était pas Dieu qui avait créé la femme mais chaque homme qu'elle a aimé ?"

Jolie rétrospective des films passés de Lelouch, pleine de mélancolie et d'émotions, Ces amours-là, sur fond de vérité imagée, a le mérite de nous emporter de suite, avec ses personnages-clés, dans un univers volontairement désordonné, souvent flou mais hautement sentimental, à grand renfort de scénario romanesque qui nous accroche malgré nous. La sensibilité y est de rigueur et la romance à l'honneur, au sein de ce vaste tableau typique du réalisateur et qui, vagabondant en toile de fond sur l'Histoire avec une immense liberté, sait avant tout rendre hommage à la passion fougueuse et à la complexité du ressenti féminin.
On rit, on pleure. Sans trop de mélo si ce ne sont quelques scènes, mais avec un très bel élan de sincérité qui parvient à convaincre, à saisir et à plaire, sous la caméra experte d'un Lelouch demeuré grand enfant et amoureux, sans jamais quitter son tête à tête délicieux avec le septième art. Les acteurs y contribuent d'ailleurs beaucoup, en dehors de la neutralité de Raphaël, avec notamment les premiers rôles, Audrey Dana et Laurent Couson, qui semblent se donner la réplique à l'unisson.
Néanmoins, le film n'est pas parfait. Style trop ampoulé, longueurs à éviter et passages chantés dont on se passerait pour de bon (la scène musicale finale était définitivement inutile), Ces amours-là se complaît dans son pêle-mêle émotionnel et n'explore pas plus loin mais poursuit au contraire, un travail de surface qui survole les thématiques sans jamais s'y arrêter vraiment. Il lui manque ainsi le petit "plus" de rigueur pour devenir un grand film, d'autant plus que son traitement de l'Histoire, passablement édulcoré, aurait pu être une évidente bonne idée mais manque ici sérieusement de piquant ou de déjanté (à la différence d'un Ingorious Basterds) afin qu'on puisse y adhérer pleinement.
Il semblerait donc que le dernier Lelouch soit trop brouillon pour convaincre de fond en comble et nous toucher au cœur de plein fouet, mais il reste à conseiller pour sa beauté tout comme pour la nostalgie, ô combien justifiée, d'un véritable enfant du cinéma.

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Bel_et_sombre_inconnu

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen
Ça parle de quoi ?
"Les chassés-croisés d'une famille. Celle d’Alfie, paniqué à l'idée qu'il ne lui reste plus que quelques précieuses années à vivre et cédant à l'appel du démon de midi, et d'Héléna, sa femme brusquement abandonnée qui, après une tentative de suicide et une analyse vite arrêtée, trouve un réconfort inattendu auprès de la voyante Cristal qui lui prédit une histoire d'amour avec un "grand inconnu tout de noir vêtu". Pendant ce temps, leur fille peine à se sortir de son mariage…"

Nul doute qu'on se délecte toujours autant du style du grand Woody, de ses questions existentielles, de ses traits d'esprit, de ses personnages hauts en couleurs et de ses mises en scène touchantes et bourrées d'humour qui nous mettent du baume au cœur.
Porté de plus par une voix off désormais familière mais une fois encore fort à propos, et qui nous fait nous délecter de cette ambiance si particulière, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est un film intelligent et féroce qui, sous de très bons mots et une apparente comédie, cache un réalisme noir et inquiétant emmêlé dans un chassé-croisé de vies illusoires qui partent à vau-l'eau... On saluera ainsi cette dualité de perception entre l'évidente convivialité des lieux, cosy, chaleureuse, accueillante, et le si cruel destin de nos personnages-marionnettes. C'est que dans ce sombre portrait de la société actuelle, le ton est lancé sans ciller, et l'ironie de la fatalité est ici le jouet d'un Woody Allen qui porte sur ses semblables un avis très justement cynique. Il en demeure un film réaliste et plein de philosophie dont la spiritualité apparente n'a d'égale que la comédie acerbe et polyphonique qui nous est servie sur un plateau d'argent. Bonheur...
Là où le scénario coince un peu, c'est tout de même en fin de parcours... Car si l'on connaît suffisamment le réalisateur pour lui conférer un certain talent dans les (non) happy ends ouvertes, ce film-ci s'arrête tellement brusquement qu'il nous laisse sur notre faim pour de bon, mettant un terme définitif aux différentes intrigues que l'on croyait simplement en suspens. A nous frustrer allègrement et sans raison apparente ! Il est évident que j'aurais, pour ma part, souhaité que le film dure plus longtemps et se peaufine encore d'avantage, avec un souci du détail qui n'est pas étranger à notre cher Woody, surtout quand situations cocasses et démons de midi, il y a ^^
Aussi,  Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu n'est pas, à mes yeux, la meilleure de ses œuvres, mais elle reste une sorte de vaudeville délectable et farfelu, qu'il fera bon revoir de temps à autre...

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Rock n'girly

The_Runaways

The Runaways de Floria Sigismondi
Ca parle de quoi ?
"Los Angeles, 1975. Joan Jett et Cherie Currie, deux adolescentes rebelles, se rencontrent et deviennent les figures emblématiques de ce qui se révélera être le plus célèbre des groupes de glam rock féminin, les "Runaways". Après une ascension en Californie, ces deux jeunes stars vont ouvrir la voie aux générations futures de femmes musiciennes tandis que sous l’influence de leur imprésario, l’excentrique Kim Fowley, le groupe va vite s’imposer et déchaîner les foules... L’histoire vraie de jeunes filles qui en se cherchant, vont toucher leurs rêves et changer la musique pour toujours."

Je l'ai beaucoup attendu avant sa sortie en salle, mais quel plaisir de découvrir en totale néophyte la jeunesse de Joan Jett ainsi que ses débuts dans les Runaways ! Voici un biopic peu ordinaire et décapant qui ne s'essouffle à aucun moment et, loin du convenu, nous fait revivre la magie du rock 70's, la touche glamour et sexy en plus.
Cru, excessif, sombre ou touchant, le film nous électrise de son charisme atypique et, dans la brutalité d'un rock excentrique, zélé et charmant, nous entraîne dans l'aventure dés les premières minutes. En effet, bien au-delà de I love rock n' roll et Bad reputation, titres tant connus de la Joan Jett des Blackhearts et qui figurent pour mon plus grand plaisir sur la BO et dans quelques menues scènes finales, son épopée de jeunesse et celle de l'inoubliable Cherie Currie, est ici le symbole d'une envie de liberté bouillante, d'une curiosité à toute épreuve et d'un univers souvent douloureux où la folie passagère du succès brûle les ailes des jeunes filles à mesure qu'elles se découvrent.
Réaliste, rebelle et libéré donc, The Runaways met les femmes à l'honneur et transcende ses actrices, le temps de faire revivre le duo de choc Jett/Currie dans une histoire d'amour très passionnelle, qui tend autant à la musique qu'à leur complicité intime.
Il faut dire que c'est défoncé, sensuel et rock n' roll alors on branche guitare et ampli pour mieux se laisser aller et le résultat, aussi prévisible soit-il dans l'absolu, se laisse apprécier car il tombe toujours juste, dans la légèreté insouciante aussi bien que dans les scènes-spleen, beaucoup plus dures...
Il reste à saluer la performance "totally glam" de Dakota Fanning, à l'aise jusqu'au bout des ongles en "Cherry Bomb" et dont le rôle efface bien souvent le jeu assez téléphoné de la frêle Kristen Stewart, tandis Michael Shannon en Kim Folley demeure inoubliable...
En bref, si le film n'est pas le succès de l'année, le biopic dépasse largement toutes les espérances qu'on pouvait lui avoir fixé !

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Ovni ;)

Kaboom

Kaboom de Gregg Araki
Ca parle de quoi ?
"Smith mène une vie tranquille sur le campus où il traîne avec sa meilleure amie Stella, couche avec la belle London, tout en désirant Thor, son sublime et stupide colocataire surfeur. Mais une nuit terrifiante, tout va basculer. Sous l’effet de space cookies ingérés à une fête, Smith est persuadé d’avoir assisté à l’horrible meurtre d'une énigmatique fille rousse qui hante ses rêves. En cherchant la vérité, il s’enfonce dans un mystère de plus en plus profond qui changera non seulement sa vie à jamais, mais aussi le sort de l’humanité..."

A l'image de mon intitulé, Kaboom, c'est l'apocalypse: un véritable ovni, déroutant à souhait, qui ne rentre dans aucune case ni se s'associe à aucun genre. Et si l'idée d'un vieux teen-movie, tout ce qu'il y a de plus banal, pourrait dans un premier temps nous effleurer l'esprit, il s'en éloigne bien rapidement, suivant les traces d'un scénario loufoque et sens dessus dessous, où le déjanté côtoie le fantastique et l'absurde se mêle à l'excès.
Le ton est désormais donné: univers sexy et sensuel, humour parano, imaginaire pop-art et delirium absolu... Dans un tourbillon visuel de couleurs vives voire volontairement criardes ainsi qu'une BO dont on peut saluer le choix (foi de fille qui fait des playlists !), le film se prend à son propre jeu et nous propose, au sein de son grand n'importe quoi, d'entamer tous les tabous et toutes les thématiques possibles afin de les entrechoquer entre eux avec brio...
Horreur, fiction, sexe et complot ? De quoi donner à l'ensemble une allure déglinguée et délirante à un rythme haletant qui ne se décrédibilise pas, mais nous enveloppe d'un univers trash-décalé explosif, passablement indescriptible, et qui deviendra pour les dix dernières minutes, une jouissance absolue.
Aussi, autant être prévenu: ce paradoxe cinématographique n'est pas à mettre devant tous les yeux car il se savoure de toute évidence autant qu'il se déteste et demeure un bijou hallucinogène des plus étranges. Mais si l'on parvient à passer outre les délires à répétition (on peut le faire, si si), nul doute qu'on puisse trouver derrière le ramassis décomplexé des rebondissements, une teinte un brin plus sombre, décidément étudiée et réfléchie, qui laisse la futilité et l'énergie agir de prime abord, pour mieux se laisser apprécier en second plan... Astucieux ;)

-Livy-

Posté par livy_etoile à 08:00 - Comme au cinéma - Permalien [#]
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