Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

31 décembre 2014

Shotgun Lovesongs: un beau roman, une belle histoire

shotgun lovesongs

Et si je décidais de clôturer l'année par un post littéraire; un roman. Un de ceux qui nous consument en émotions, aiment, se déchirent parfois et s'entremêlent toujours, à l'image de la vie ? Et si les derniers mots lus, les dernières pages feuilletées en 2014 contribuaient, de la façon la plus involontaire qui soit, à rendre un hommage symbolique à ces 365 petites journées, tendre évocation de l'existence et des chemins sinueux où elle nous entraîne la plupart du temps ? 

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Je ne pensais pas à tout cela pourtant, lorsque j'ai décidé de participer pour la première fois aux matchs de la rentrée littéraire Price Minister. Je recherchais surtout le désir furieux de lire, le plaisir de la découverte. Choisir un roman au feeling... J'aime cette expression de feeling parce qu'elle sonne juste: quand je me retrouve devant une quatrième de couv', il me faut ressentir une sensation franche et authentique. Un frisson, une envie. Cette petite voix qui me susurrera "lis-moi" dans l'instinct plutôt que dans la réflexion. Et lorsque je suis tombée sur Retour à Little Wing de Nickolas Butler, il s'est produit à peu près toutes ces choses-là. De quoi amplement faciliter mon choix.

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Ça parle de quoi ?

"«Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont grandi ensemble, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, comme des bêtes sauvages.»
Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo.
Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…"

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Et alors ?

Le roman sonne comme une balade mélancolique, un vieux riff de guitare à l'état brut, rauque comme le Midwest. La sensibilité sous la dureté. Et soudain, son titre original Shotgun Lovesongs prend toute son ampleur. Loin d'être une grande aventure dotée de péripéties rocambolesques, le récit fait office de témoignage. Ainsi, de flash-backs en changements de narrateur, de la jeunesse des uns au point de vue des autres, les tranches de vies mises bout à bout reconstituent progressivement le puzzle d'existences mêlées, un peu comme le ferait un film choral.

Ces existences ? Ce sont celles d'une bande de trentenaires à laquelle on s'attache d'emblée. Ils ont grandi ensemble mais leurs chemins se sont séparés. Ils se retrouvent désormais pour célébrer les mariages seulement voilà: ils ont changé, peut-être de trop. Dans la tourmente de leurs quotidiens d'adultes, les différences de caractères s'affirment et se heurtent, les bribes d'enfance refont surface et quelques amours enfouies ne sauraient se taire plus longtemps. Il n'y a pas à proprement parler de rebondissements dans le livre mais des instants de grâce, par dizaines. Des soirées de franche complicité, des tensions palpables, des divergences et des coups durs. Le fil conducteur des mariages qui réunissent nos protagonistes accroît d'ailleurs cela, poussant les couples dans leurs retranchements, les ballottant de l'amour à la haine et de la discorde à la réconciliation. Ce que raconte Retour à Little Wing au fond est une histoire universelle. Celle de la vie.

Ils sont tellement comme nous que c'en est indécent: on s'y retrouve et on les comprend. On n'imagine que trop bien leurs préoccupations, leur ennui, leurs envies, leur jalousie, leurs rêves d'idéaux, leurs échecs ou leur nostalgie. Cette proximité contribue à rendre l'ouvrage touchant; lui et ses héros d'une vie normale. Ensemble, dans un paysage dont le réalisme n'ôte pas la poésie que l'auteur insère dans ses descriptions, ils chantent les intempéries. Celles qui recouvrent la campagne de l'Amérique profonde autant que celles de la vie. Au final, l'ouvrage se meut en un morceau country, cinglant et ultra-sensible. Une réalité simple qui raisonne et s'auto-suffit en guise de romanesque. 

Je suis, sans mentir, passée par toute la palette des émotions: les larmes aux yeux, les sourires, les "Ah, je me reconnais bien là !". Avoir (presque) le même âge que l'écrivain m'a sans doute aidée mais il n'empêche que j'ai aimé. Beaucoup. Précisément car Retour à Little Wing n'en fait pas des tonnes pour exister. Il ne se gorge pas d'une ambiance vaine, de fausseté ni d'apparât. Les mots sont aussi bien choisis que l'ambiance est rugueuse. Et cette façon de ne pas faire dans la dentelle, de ne pas enjoliver la réalité, est habile car elle m'a incitée à l'immersion totale sans sourciller.

Il y aurait toutefois quelques bémols à mentionner. Fort de ses 400 pages et des poussières, le livre n'est pas sans afficher quelques longueurs au compteur. Parfois, ces dernières m'ont permis de prendre mon temps. Mais elles m'ont aussi fait perdre quelques degrés d'intensité, les histoires anecdotiques des uns et des autres projetant sur l'ensemble une dynamique un brin chaotique et passablement inégale. Pour tout dire, je crois que j'en aurais voulu d'avantage; ne pas rester sur ma faim comme ce fut le cas hier après la dernière page mais poursuivre l'aventure encore et encore. Les derniers mots sont doux et pénétrants certes, mais peut-être pas assez puissants pour permettre à Retour à Little Wing de rayonner complètement. 

Toujours est-il que ce roman-pas-si-romanesque est globalement une excellente surprise. Il a su m'extirper intelligemment de mes grandes aspirations de lectures; de celles qui relatent des fresques impossibles et finissent par me laisser dans l'amertume d'une existence rêvée, en éternelle insatisfaite. De fait, redescendre sur terre était ce passage obligé qui apaise et soulage, ambiance Midwest incluse. Il faut préciser que j'ai vécu Retour à Little Wing comme une mélodie. Des couplets et un refrain que l'on pourrait volontiers transformer en partition, voire en EP, voire en album (toute ressemblance avec le personnage de Lee n'est ici pas fortuite). Et puisque l'ouvrage pourrait très bien se résumer par des notes qui se succèdent, s'accordent et dissonent sans relâche pour tenter de retrouver une harmonie, qu'importe après tout qu'il y ait de-ci delà quelques maladresses ou que tout ne soit pas parfaitement abouti. L'imperfection est l'essence même la vie.

J'accorde au roman un joli 14/20.

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C'est sur cette tonalité que se finit mon année. J'aurais voulu le faire exprès que je n'y serais pas arrivée mais force est de constater qu'elle tombe à point nommé. À l'heure des bonnes résolutions que je rechigne à prendre parce que je reste persuadée qu'elles ne reflètent en rien le proche futur ni l'impulsion qu'on lui donnera finalement, voici que je termine mon dernier livre de 2014, plus que jamais ancré dans la réalité. Ne serait-ce pas un signe ? Il me vient l'idée de saisir les mois à venir telle une chanson que je composerais. Elle serait indomptable, improbable: empreinte d'épreuves à surmonter et d'un parcours initiatique à terminer. Peut-être même vouée à rattraper quelques actes manqués, ne sait-on jamais. Mais au-delà des regards, des jugements, des différences, la bonne résolution la plus évidente serait encore de garder la cadence et régner en maître sur la mélodie de ma propre existence.

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~ BONNE ANNÉE 2015 ~
(des envies à peaufiner, des rêves à réaliser)

-Livy-


Commentaires

    Le livre à l'air sympa mais a mon goût, il lui manque un peu d'intrigue

    Posté par John C., 01 janvier 2015 à 13:23
  • Happy New Year jolie Livy!

    Ce roman a l'air pas mal! Bises

    Posté par MadeleineMiranda, 04 janvier 2015 à 16:55
  • ça a l'air top!
    je l'emprunterai en bibli!
    Musy

    Posté par Musy, 08 janvier 2015 à 14:49
  • John:
    C'est précisément le but: raconter le quotidien plutôt qu'une aventure de dingue
    Mais en vrai, il y a quand même (un peu) une histoire.
    Je t'ai vendu du rêve, j'espère !

    Posté par -Livy-, 08 janvier 2015 à 14:59
  • Madeleine Miranda:
    Merci ma belle; je te souhaite le meilleur pour 2015 et t'embrasse bien fort !
    PS: je te confirme, ce roman est un moment exquis.

    Posté par -Livy-, 08 janvier 2015 à 15:02
  • Musy:
    Tu aimeras, j'en suis certaine.
    En bibli oui... ou bien tu peux me l'emprunter à moi. C'est le principe même des livres voyageurs ^^

    Posté par -Livy-, 08 janvier 2015 à 15:03
  • country

    tu liras ma critique lundi sur mon blog!
    j'aime la musique country, les films et les livres country comme celui-là
    une vidéo pour écouter l'auteur!
    http://www.babelio.com/auteur/Nickolas-Butler/317072/videos

    Posté par Musy, 22 avril 2015 à 16:33
  • Musy:
    Critique lue ! (depuis un bail, si l'on prend en compte ma réponse plus que tardive)
    Je suis ravie que le roman t'ait "parlé", tout comme à moi. Et j'avoue partager ton amour de la musique country. Pour une raison que j'ignore, elle me fait danser, rêver, m'évader: la bonne humeur assurée.

    Posté par -Livy-, 15 octobre 2015 à 20:06

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