Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

28 août 2014

Derniers jours pour un trajet en Orient-Express à l'IMA

Orient Express

Alors que l'on voit poindre  doucement les expositions de rentrée, certaines, plus anciennes, nous susurrent d'ores et déjà de nous hâter. C'est le cas notamment de la rétrospective historique Il était une fois l'Orient-Express à l'Institut du Monde Arabe dont l'audacieux parcours prend fin ce dimanche, après plusieurs mois d'un succès mérité. Entre luxe, intrigues et aventures, le prestigieux train n'aura eu de cesse de dévoiler aux visiteurs secrets et carnets de voyage, non sans une note joliment surannée. Un évènement d'envergure en somme, suspense à la clé, où la légende et le romanesque flirtent joyeusement avec la réalité. De quoi vous laissez embarquer sans plus tarder pour un retour en images et en mots sur ce qui restera incontestablement le périple de l'été. 

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Un peu d'histoire

Créateur de la Compagnie des Wagons-Lits, le belge Georges Nagelmackers lance l'Orient-Express qu'il inaugure en 1883 par un premier voyage Paris-Constantinople. Le train de luxe se veut à la fois rapide et novateur, dans la perspective d'un tourisme nouveau: c'est le début d'une histoire à succès, visant à relier l'Orient aux grandes villes d'Europe sur fond d'épopée romanesque et d'un imaginaire teinté de mystères. Plusieurs itinéraires sont proposés et les personnalités qui le fréquentent contribuent à étoffer sa légende. Après un âge d'or durant l'Entre-Deux-Guerres et de truculentes anecdotes qui ont aider à forger le mythe, l'Orient-Express se voit rattrapé par le progrès et la concurrence de nouveaux moyens de transports tel l'avion. Après la Seconde Guerre Mondiale, il entame ainsi son déclin progressif, jusqu'au dernier train qui partira de la gare de Lyon en 1977. Depuis, il continue de vivre à travers les livres ou le cinéma et circule de façon exceptionnelle pour des évènements. Ses wagons et son matériel ont fait l'objet de nombreuses enchères. Et fortement encouragé par la demande, il se murmure qu'il pourrait bientôt reprendre du service...


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Sur le parvis

Des photographies qui pleuvent et une foule fascinée: l'exposition débute sur le parvis de l'IMA, là où une locomotive de tête suivie de quatre voitures de l'Orient-Express classées monuments historiques sont installées à la vue de tous. Ce train là ne siffle pas trois fois mais il impressionne déjà. Plus encore, l'initiative de proposer une partie de la visite en immersion totale procure cette sensation étrange et saisissante de fouler le passé, le temps d'un tête-à-tête culturel atypique. C'est un moment un peu solennel, synonyme de découverte et de curiosité. Ni une ni deux alors, les lieux sont investis et l'Orient-Express dévoile des bribes intimité. Nous parcourrons trois voitures en tout (voiture salon, voiture couchette et voiture restaurant), la quatrième étant un wagon-restaurant éphémère accueillant la cuisine du chef étoilé Yannick Alléno le temps de l'évènement.

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Par le biais de reconstitutions étoffées, le train nous offre un point de vue imagé. C'est à la fois romanesque et vintage à souhait que de tenter la grande évasion sans voyager ! Un guide nous fait arpenter les couloirs qui abritent ici et là des scènes de vie, du Brandy du soir à la lecture appliquée d'un journal, de la partie de cartes à l'écriture frénétique d'un roman. De manière interactive, les actualités de l'époque apparaissent sur les objets, les photographies, les journaux à la façon d'un film animé (Harry Potter en clin d'oeil caché ?). Et surtout, le temps semble s'être figé pour de bon. Les murs sont ornés de décorations Lalique et de marqueterie, le déjeuner dont nous sommes les spectateurs invisibles rivalise de luxe dans sa vaisselle comme son mobilier, et le piano dévoile quelques partitions de Chopin. Un véritable petit bijou de raffinement Art-Déco qui nous refroidirait un tantinet quant au TGV, autant le confesser ! 

Montage Orient-Express

Les différentes voitures sont également le prétexte pour faire connaissance avec des célébrités (réelles ou fantasmées) et autres artistes qui ont ancré leur histoire au sein même du train de légende. Ainsi, l'écrivain Pierre Loti, doté d'un attirail de voyageur et de ses notes, se voit attribuer ses quartiers tandis que dans une ambiance très "polar noir", les effluves d'Agatha Christie (grâce au roman Le crime de l'Orient-Express), de Sherlock Holmes ou encore de James Bond (par le film Bons baisers de Russie) nous offrent comme un parfum de scandale. Dans les couchettes, une reconstitution de crime délectable mettra d'ailleurs les visiteurs en émoi: une muséographie fort bien trouvée pour un fil conducteur romancé, tendance Cluedo grandeur nature. Chose amusante, le mythe sulfureux transcende une réalité intrépide certes, mais bien moins dangereuse: il n'y aura en vérité jamais eu de crime commis dans l'Orient-Express. 

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Après avoir regagné le parvis, le retour en 2014 n'est pas immédiat, alors que perdurent une émotion magique et le sentiment entêtant d'avoir participé à quelque chose d'inédit. Réalité et fiction n'en finissent plus de se mêler dans ce train de la Belle Époque, du progrès, du luxe et de l'inconnu, laissant la part belle à toute une thématique culturelle, souvent audacieuse, parfois poétique. Et si la visite est un brin trop rapide, car nous sommes invités à circuler expressément dans les wagons, elle n'en demeure pas moins captivante. Une aubaine pour enchaîner pertinemment avec les aspects plus concrets de l'Orient-Express, à l'intérieur de l'IMA cette fois. 


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Une visite complète

L'exposition, qui se poursuit sur deux étages, nous permet de faire plus ample connaissance avec l'Orient-Express. Le train de prestige nous révèle d'ailleurs des trésors qui laissent rêveur: documents d'archives, objets d'art échappés d'un wagon, photographies, cartes postales, affiches publicitaires vantant les mérites du luxueux moyen de transport ou encore malles anciennes... L'âme voyage aisément même si le corps reste à Paris. Et l'évasion s'épanouit d'avantage encore par le biais de nouvelles reconstitutions, à l'image de celles déjà présentes dans les voitures extérieures. Le visiteur se voit ainsi proposer des "tableaux" représentatifs de la vie à bord tandis que s'exposent en vitrines ici une couchette, là une salle de bain, moultes détails Art Nouveau à l'appui. 

Outre le caractère attrayant de l'ensemble, nous abordons évidemment un aspect plus technique au moyens de vidéos et photographies. L'histoire de l'Orient-Express, déjà ébauchée en tout début de visite se voit ainsi décortiquée minutieusement, de sa création à son essoufflement, tout en passant par les rebondissements. Les plus paresseux n'auront d'ailleurs aucune excuse pour ne pas y plancher car un vaste espace complété par des bancs est mis à la disposition de tous. Puis, parce que l'Orient-Express dépasse le simple moyen de transport, nous n'évoquons pas seulement sa fière allure ou sa rapidité mais aussi sa réputation forgée par des personnalités hautes en couleurs telles Joséphine Baker ou le roi de Bulgarie Ferdinand Ier qui appréciait, semble-t-il, prendre les commandes du train d'une façon plus ou moins réussie. Un bon prétexte pour sauter, une fois encore, le cap entre le réel et le sublimé, dans cette traversée mythique à vive allure. 

Au moyen de cartes enfin, nous découvrons un enjeu géopolitique non négligeable. En effet, non content de proposer plusieurs itinéraires alléchants et quelques correspondances (Istanbul, Le Caire, Damas...), l'Orient-Express a su ouvrir une véritable fenêtre sur le monde. Plongé au sein d'une période où l'orientalisme était omniprésent, il a permis d'ôter l'image faussée, souvent édulcorée, que l'on pouvait avoir jusque-là des pays inconnus, tout en rendant les périples les plus fous possibles. Aventuriers, agents secrets, écrivains ou riches héritiers... Tous se dirigeaient vers quelque chose de plus grand. Quelque chose rendue soudainement accessible.


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Prolongation des vacances sans même quitter Paris, ce train vintage, symbole d'un modernisme révolu, offre une bouffée d'ailleurs bienvenue à l'approche de la rentrée. Se perdre dans des wagons historiques, on en aurait rêvé ! De fait, la rétrospective comble ses visiteurs, tant par ses nombreuses thématiques abordées que par sa beauté. Et parce qu'il est des instants de grâce à ne pas manquer, je vous recommande chaudement ces quelques derniers jours pour y voyager. Vers l'Orient ou dans le temps, vous choisirez.

-Livy-

Les infos pratiques:
Il était une fois l'Orient-Express (en partenariat avec la SNCF) à l'IMA
(jusqu'au 31 août 2014)
1, rue des Fossés-Saint-Bernard 
75005 Paris

Posté par livy_etoile à 08:00 - Je me culture à Paris - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    Très belle exposition sur ce train mythique qu'est l'orient-express.
    C'est fou comme les transports de légende nous font rêver. On peut prendre comme exemple le Titanic ou le concorde qui font rêver les gens avec le mélanges de gigantisme, de exploit technologique pour l'époque et le fait que toute l'élite de l'époque ce retrouvait.

    Posté par John C., 31 août 2014 à 15:10
  • John:
    Oui: une exposition sublime qu'on aurait aimé visiter encore et encore, rien que pour les wagons classés de l'Orient-Express !
    Tu as tout à fait raison d'ailleurs: le vintage chic gorgé d'un modernisme d'époque n'en finit plus nous attirer à l'heure des avions ultra-rapides. Paradoxe ? Peut-être mais force est de reconnaître que l'élite du XXe siècle possédait, en même temps qu'une belle érudition, un goût certain (imagine un TGV décoré Lalique: tentant non ?^^).
    Je crois très franchement que mon vrai "Moi" sommeille quelque part vers 1900.

    Posté par -Livy-, 15 septembre 2014 à 14:26

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