Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

08 février 2012

Dans les secrets du roman autobiographique de P.Grimbert

Outre ma bibliothèque-cocon à l'éclectisme invétéré et que je chéris sans plus tarder, je me livre quotidiennement, dans une autre partie de mon existence, à l'exercice d'un véritable apprentissage littéraire suivi. En effet, fruit d'étude de cours particuliers donnés de-ci delà, les nombreux livres qui viennent parsemer mes semaines malgré moi sont un moyen somme toute assez ludique de revisiter les bons vieux classiques, quelques élèves à mes côtés. Pourtant, quand de Ruy Blas à Orgueil et Préjugés, je demeure incollable voire doucement nostalgique, il est encore des lectures que l'on vient à m'amener sur un plateau d'argent et que je ne connais point. De celles que des professeurs malins auraient disséminées au sein du programme scolaire afin que je me prenne au jeu de les découvrir à mon tour...

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J'ai ainsi appris à l'automne que je devais décortiquer Un secret de Philippe Grimbert en une toute petite semaine, fiche et prise de notes à l'appui. Soit. Défi évidemment réalisable, je m'exécutai aussitôt. Roman facile et ô combien adulé par la critique, resté longtemps à traînasser dans ma PAL sans en faire plus de cas, il était plaisant de laisser maintenant défiler des pages au goût de nouveauté, sans aucun a priori. Et soudain, peut-être plus encore que le livre lui-même, toute perdue que j'étais entre deux gribouillages et une préparation de texte pleine de pièges, m'est venu le sourire de ce qui m'avait fait aller à son encontre. Ce qui m'avait contraint à cette lecture quasi-involontaire jusqu'à m'y complaire, et ce qui transforme un devoir en une volonté. En l'occurrence ici, une motivation jaillie d'un simple cours particulier, ou comment chercher bien loin ce qui souvent se trouve dans les plus proches contrées mais qui offre cet instant simple à savourer, et mérite finalement son petit résumé ;)

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Un_secret__Grimbert

Ce qu'en dit le quatrième de couv'...

"Au commencement de ce roman, le narrateur raconte que, petit garçon et fils unique, il s'est inventé un frère. Ce fantôme tyrannique a hanté ses jeunes années. Entouré de silence, ployant sous une culpabilité familiale, le narrateur éprouve le besoin de raconter un passé qu'il s'imagine lisse et tranquille jusqu'à ce que Louise, vieille amie de ses parents et confidente de l'enfant, vienne tout d'un coup lui révéler un secret lourd et bouleversant."

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"Fils unique, j'ai longtemps eu un frère". La phrase d'introduction est aussi nette qu'inattendue, jouant sur le paradoxe intelligent qui amène d'emblée son questionnement. Je ne saurais dire alors s'il s'agit de raisons subjectives pour ma part ou d'un simple plaisir de lire mais force est d'admettre que cette seule et unique affirmation est d'une redoutable efficacité. Dotée d'une dynamique percutante, elle incite son lecteur à aller au-delà et, tout simplement, donne envie avant de laisser place tant au récit qu'aux langues qui se délient.

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Le langage est fluide, courant; les mots ont ce parfum du quotidien. L'anonymat du narrateur, son identité incertaine, son absence de nom sont autant d'accumulations qui créent une certaine angoisse dans l'écrit sans que l'on ne sache vraiment pourquoi. Il semblerait de prime abord que ce soit une histoire ordinaire au fond. Un secret de famille, des victimes collatérales... Le sujet, banal en soi, puise son importance dans son traitement, tout en finesse, mais après ? Après, apparaît la véritable gravité de la chose. Il s'agit en fait d'une histoire dans l'Histoire. Alors, sur fond de seconde Guerre Mondiale et de génocide juif, valeur ajoutée notoire de par son intérêt plus vaste que pour une quelconque utopie, Philippe Grimbert offre à son roman une compréhension universelle, à la portée de tous, ainsi qu'un témoignage qu'il développe dans un souci de réalisme sans équivoque.

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Un secret est donc un roman autobiographique. Un roman-hommage plus précisément. Il offre une pierre tombale symbolique au demi-frère du narrateur, décédé enfant, dans un camp d'extermination. Et voici que tout s'explique enfin. Les hallucinations du jeune Philippe Grimbert/narrateur, portées par cette phrase d'accroche énigmatique et ce frère fantôme, ont un sens qui se dévoile progressivement, projetant de plein fouet sur le héros le passé trouble de ses parents. Une portée intuitive omniprésente qui augmente le romanesque à mesure que le narrateur pénètre dans sa propre histoire, celle-ci même qu'il n'aurait pu imaginer au sein de son enfance déjà passablement tourmentée.

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Il va sans dire que l'auteur nous gratifie aussi d'un joli suspense tout du long. La lecture est haletante, rythmée par des chapitres courts et des personnages dont la présence mystérieuse nous ferait bien sursauter à chaque mot. Point d'ennui, et même pas assez. Dans ce roman si frêle, on viendrait presque à réclamer moultes détails supplémentaires ainsi qu'un développement plus éloquent du sujet. Toutefois, les thèmes abordés viennent à foison. La souffrance, la culpabilité, les non-dits et la mort génèrent une noirceur à l'état brut, conformes au contexte historique, tandis que l'amour au doux parfum de scandale tendrait plutôt vers un récit personnel, d'avantage intimiste mais évidemment marquant. Toujours est-il que le livre ne nous épargne pas plus qu'il n'épargne ses protagonistes et, par le biais de détails et de souvenirs pêle-mêle, dépeint un reflet de vie qui, loin d'être serein, aspire à une vérité douce-amère qu'on ne saurait rejeter.

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Histoire vraie ou pas, ces quelques lignes pourraient bien être cependant celles d'un odieux mélodrame mais heureusement, tel n'est pas le cas. Philippe Grimbert demeure maître de son récit et le ponctue d'une pudeur élégante et appliquée, allant jusqu'à le développer consciencieusement, point après point. Venant de la sorte contrer un ramassi d'émotions dont on ne saurait que faire, le roman garde une certaine distance, passablement bienvenue, avec l'ensemble et ne tombe jamais dans le pathos, malgré des thématiques ô combien douloureuses. La sensibilité y est maîtrisée à la perfection et elle sonne juste tout autant que la solitude de l'enfant est touchante car exempt de caricature.

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Ce n'est évidemment pas pour rien qu' Un secret se positionne comme un drame psychologique certain. Si le narrateur évoque beaucoup la psychanalyse au fil des chapitres (l'auteur pratiquant lui-même ce métier), la psychologie est le ressort même du roman, à travers l'évolution des personnages notamment. Du narrateur qui prend son envol sitôt que la vérité jaillit à la santé de parents vaillants qui s'amenuise peu à peu, il y a dans la construction du livre cette symétrie propre à chaque être humain, lorsque ce dernier trouve la force d'agir et non subir ou voit au contraire ses faiblesses mises à nue dans les différents évènements qui parsèment une existence. Philippe Grimbert joue ainsi beaucoup sur tous les aspects du titre de son ouvrage et met en avant ces petits riens cachés qui, mis bout à bout, peuvent avoir des conséquences aussi importantes qu'inattendues.

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Fatalement, Un secret ne reste pourtant pas longtemps en mémoire. Classé directement dans la catégorie des romans "pas mal mais sans plus", il se lit très agréablement mais s'oublie aussi vite. Dans cette histoire qui captive d'un coup et nous emmène sans résistance jusqu'au mot "fin", survient le chaînon manquant, l'absence de consistance. La matière à créer est là certes, mais la plume légère ne suit pas. Du moins, pas assez. L'ensemble reste en surface quand, d'un point de vue historique comme romanesque, on se plairait à dire "encore" avec un vif enthousiasme.  De quoi penser que c'est peut-être une bonne chose de laisser ainsi la voie ouverte, ou qu'il s'agit définitivement d'un ouvrage parfait pour fiche de lecture qui se respecte quand je demeure sur ma faim. Reste que je n'ai point vu encore l'adaptation cinématographique de Claude Miller. Et qu'en toute honnêteté, Philippe Grimbert nous offre une leçon de vie qui fait tout de même franchement relativiser sur la nôtre... A méditer donc.

-Livy-

Posté par livy_etoile à 08:00 - Je lis, tu lis, il lit... - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires

    J'avais bien aimé le film mais je n'ai pas eu l'occasion de lire le roman dont il était tiré... Tu l'as vu?

    Posté par My Discoveries, 09 février 2012 à 09:22
  • My Little Discoveries:
    Non précisément, je n'ai pas vu le film et me demande s'il est fidèle au livre. Je serais bien curieuse de le savoir du coup, et ce que tu en dis me donne encore plus envie

    Posté par -Livy-, 10 février 2012 à 13:23
  • Merci pour ce compte-rendu complet d'un roman dont je n'aurai pas forcément regardé la 4e de couv'.

    Peut-être que le film saura mieux te convaincre ?

    Posté par Romantic Scorpio, 13 février 2012 à 00:50
  • Pendant toute la lecture de ton article j'avais la musique du générique de l'émission secret de famille.

    Sinon domage qu'il manque de consistance vu le sujet.

    Posté par John C., 14 février 2012 à 22:37
  • Scorpio:
    En effet, les cours particuliers sont (étaient) un bon moyen de faire de nouvelles découvertes littéraires qui seraient passées inaperçues de prime abord. En revanche, toujours pas vu le film depuis... Mais j'en ai entendu de bonnes critiques dans l'ensemble. Alors pourquoi ne pas me laisser tenter un de ces 4 ?

    Posté par -Livy-, 21 mai 2012 à 09:25
  • John:
    Mais je vois que je t'inspire de grands moments télévisés malgré moi ^^ Ce n'était pas le but premier mais force est de reconnaître, compte tenu du résumé, que c'est un peu le cas ! Un sujet lourd en effet...

    Posté par -Livy-, 21 mai 2012 à 09:27

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