Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

17 septembre 2011

Rock en Seine 2010 VS 2011, Le choc des Titans (2)

Bonjour samedi ! Sans plus attendre, la suite de mon périple Rock en Seine signe sa sortie aujourd'hui et ouvre un nouveau chapitre de l'aventure festivaleresque qu'elle se plaît à commenter petit à petit. Aussi, après un tout premier résumé fin août qui entamait avec enthousiasme la confrontation musicale 2010/2011 des deux vendredi, je laisse place, cette fois-ci, à un début de week end rock n'mélancolie. De mes quelques impressions prises sur le vif jusqu'aux détails incongrus saupoudrés d'une ambiante folie, le clash du Parc de Saint-Cloud se poursuit pour une deuxième session décidément pleine de rebondissements, oscillant entre joies, déceptions, ennui ou hystérie...

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Samedi 28 août 2010

Il était déjà bien tard dans l'après-midi lorsque, plutôt satisfaite des températures à la hausse, je fis mon arrivée de festivalière en grande pompe, toute accompagnée de mon fidèle ami geek, pour la deuxième journée. Un ciel un peu plus clément que la veille laissait d'ailleurs entrevoir de jolies teintes bleutées mais, même lookée jusqu'au bout des ongles, il n'en demeurait pas moins que la météo menaçante et odieusement humide de la veille avait réveillé toute ma procrastination enfouie. On le saura, je ne suis pas roots pour deux sous. C'est donc presque sans scrupules (quoiqu'un peu quand même ^^) que je me suis mise à manquer les jolies têtes d'affiche qui défilaient. Et hop ! On zappe Two Door Cinema Club. Et paf ! On oublie Paolo Nutini. Rien à faire, le coeur n'y était pas, n'y était plus. Patauger des heures durant la veille dans un bain de foule et de boue m'avait démotivée au plus point, jusqu'à ce que sur la lancée, je finisse même par renoncer définitivement, ô sacrilège, au concert de Stereophonics auquel je tenais pourtant tellement. Eh ben ouais ! Je n'aime vraiment ni les gens ni le mauvais temps... et maintenant, je le regrette amèrement.

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Loin de nous laisser abattre pour autant, nous nous somme concoctés une petite balade de derrière les fagots à thématique "repérage des lieux" que, trop perturbés par la pluie du vendredi, nous n'avions encore songé à faire. Il n'y avait rien de bien différent certes mais, ma tête se montrant toute décidée à s'éparpiller pleinement, je voguais d'un stand à un autre avec une aisance familière, m'attardant sur l'expo-photo de l'année et ses clichés "Sex, drugs and rock n'roll" dans un état d'esprit décalé tout à fait approprié. Un achat du tee-shirt collector 2010 plus tard et le ravitaillement de bière effectué afin de compléter nos collections respectives de gobelets Rock en Seine (c'est ça aussi, l'esprit festival ^^), nous vagabondions joyeusement dans les allées encombrées du domaine, au son des trois scènes qui crachaient leur musique avec un panache endiablé.

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Il faut dire que l'heure était à l'amitié... et au dîner. Démasquée au préalable par la cousine d'un de mes plus proches acolytes qui ne m'avait pourtant jamais vue, si ce n'était sur quelques photographies, et qui me reconnaissait maintenant de dos parmi tous les badauds (une demoiselle de toute évidence très très physionomiste ^^), j'entraînais à présent mon geek de meilleur ami en pleine pelouse centrale, à la rencontre de mon ex-colocataire de fac et de son entourage, le temps d'une petite pause gourmande (genre, c'est bon ce que l'on mange là-bas... gnêêê ?) au goût de convivialité. Au programme, babillages et retrouvailles. Mais il ne fallait cependant pas trop traîner car le but de la journée était peut-être bien d'assister à quelques concerts tout de même, je l'aurais presque oublié ! Par chance, j'allais enfin pouvoir me rattraper en commençant par du très lourd sur la Grande Scène, en ce début de soirée. Si je vous dis les Queens of the Stone Age, vous connaissez ?

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Incisif, saccadé, percutant. Je crois bien que le show "à l'américaine" a débuté immédiatement. Le rock n'roll très "vintage" du groupe a su conquérir son public dés la première seconde, répandant progressivement son charisme emblématique à mesure qu'il poussait la musique jusque dans ses retranchements les plus incertains. Surfant ainsi sur la vague de sombres mélodies étudiées avec une harmonie très minimaliste pour en arriver à un tempo surpuissant, volontairement accidenté, Josh Homme et ses musiciens n'ont eu aucun mal à assurer un set à l'intensité évidente, où l'énergie dégageait une personnalité sans faille. Une valeur scénique sûre et une performance qui, loin d'envoyer gratuitement des décibels, les travaillait et les peaufinait jusqu'à leur donner un véritable univers, reconnaissable entre mille. Et il fallait bien un "live" à l'image de celui-ci pour faire bouger la fosse ! Car les Queens of the Stone Age nous déversaient, avec un bonheur non feint, leurs morceaux "tubes" en y ajoutant ce petit "plus" créatif que l'on aime tant retrouver en concert, les intercalant avec quelques autres titres à l'intérêt certain. Jouant sur tous les niveaux alors, de l'originalité à l'aspect "old school" hautement appréciable, de la prestation soignée au bons vieux riffs hard-rock saturés, le quartet nous a offert trois-quart d'heure de talent explosif, rythmé et rebelle à souhait. Un symbole fort pour un spectacle musical réussi qu'il aurait été impossible d'éviter, que l'on soit puriste ou vrai curieux !

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Pas le temps, toutefois, de m'apitoyer sur mon envie de posséder le don d'ubiquité (c'est un fait, les Naive New Beaters m'ont manquée). Car ni une, ni deux, la fin du concert sonnait la course vers la scène de la Cascade pour enchaîner sans transition par les compères dissipés de LCD Soundsystem. C'est alors à une performance tout à fait honnête, sans être transcendante, que j'ai pu assister. Bien plus electro-pop sur scène qu'en version album, le groupe a fait gentiment danser son public, transformant pour l'occasion la pelouse du soir en un dancefloor plutôt très animé. Ça remuait, ça s'agitait... et pour la bonne cause ! Les sons de James Murphy and co, étranges et taquins, semblaient vouloir s'affranchir de tous les codes, façon sales gosses, tandis qu'ils redoublaient d'ingéniosité pour créer des lignes conductrices à la pluralité musicale très agréable et souvent survoltées. C'était plaisant et bon enfant, mais toujours calculé. Avec une inspiration électro qui penchait fort du côté des Daft Punk, il manquait sans doute juste un peu d'aura pour que le résultat s'inscrive dans cette continuité. Mais ayant assisté à la quasi-intégralité de ce "live" à la dynamique on ne peut plus communicative, force est d'avouer que j'y ai passé un moment sautillant que je ne saurais renier.

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Ce que je ne vous avais pas dit, c'est que la nuit, entretemps, était copieusement tombée sur le festival. Et ce fut un sacré bordel une folle aventure que de chercher, épaulée cette fois de l'ami geek, de ma joyeuse coloc' et de sa suite, quelques connaissances de mon cru, datant de la résidence U. En même temps, qu'aurais-je pu imaginer d'autre qu'un confortable stand de bière pour les retrouvailles, je vous le demande ? Ce fut donc l'occasion rêvée de mettre un pied dans la très entêtante "Heineken Green Room" qui allait devenir mon QG du lendemain, et surtout de reposer mes vieux os, entourée d'une tribu d'amis joliment diversifiée, le temps de m'adonner à mon activité quotidienne favorite: bavarder.
Nos routes allaient cependant se séparer bien vite car l'horloge apposait ses 22h15 tapantes, se préparant à accueillir LA tête d'affiche de la soirée par excellence. Et une fois n'est pas coutume, c'est sans mon très cher geek (celui-là même qui préférait suivre un autre mouvement) que je pris le chemin de la Grande Scène, me frayant une place de choix, bien au centre sur la pelouse, ma coloc' et son ami à mes côtés.

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Massive_Attack

Massive_Attack___Rock_en_Seine

Les mots me manqueraient presque pour exprimer le "light-show" époustouflant de Massive Attack. Ce fut l'un de ces instants magiques où le temps s'arrête et laisse planer sur nous la trace d'un univers expérimental et surréaliste. Concert pourtant qualifié de soporifique par certains, j'y ai perçu pour ma part l'empreinte d'un souffle musical indescriptible imprégnant d'emblée le public de sa transe exquise. Le trip-hop du duo anglais se parait d'un mystère inquiétant qui, en plein coeur de l'ambiance nocturne, jaillissait avec une force hypnotique. Des sons mystiques émanaient de la scène dans une progression impeccable, jonglant avec brio de l'electro au tribal. Parallèlement, les voix chaudes et envoûtantes couvraient peu à peu la ligne de basse au moyen d'une délicate et lancinante pudeur. C'était un set tendu, électrique. Très sombre également et souvent borderline, doté d'une profondeur palpable. Car au sein des sonorités groovy ou de l'électronique alternatif, dans les tonalités plurielles et autres gimmicks glacés, Massive Attack puisait un caractère de feu pour nous l'offrir, puissance mille, avec une prestance indescriptible. Plus qu'un concert alors, il s'agissait ici d'une communion psychédélique qui engendrait une complexité évidente bien qu'inexplicable. On a d'ailleurs frôlé l'ésotérisme à plusieurs reprises, et notamment sur les magnifiques "Teardrops" et "Angel", tandis que d'un point de vue sons et lumières, le public s'est vu assister à un spectacle à couper le souffle qui propulsait dans l'obscurité des milliers d'images de toutes les couleurs à la minute; écritures, chiffres et logos, tout confondu. Qu'ajouter de plus alors ? Le groupe nous a prouvé une fois encore qu'il pouvait surprendre et se surpasser, tant par son talent que par la mise en scène, et nous a offert pour cela, le "live" le plus concept de ce Rock en Seine 2010. Incontestablement le plus réussi aussi ;)

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Pendant ce temps, l'ami geek se régalait sur la scène de l'Industrie grâce au punk ultra-agitateur du mythique Jello Biafra qui gesticulait en vociférant ses textes énervés et inquisiteurs, très subtilement vêtu d'une tenue de boucher ensanglanté !

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Mais déjà la fin de soirée annonçait le déclin des festivités et le départ de ma tribu quand, toute abasourdie encore par MON concert culte qui venait de se terminer en beauté, et un brin stone aussi (fumeuse passive, vous connaissez ? Si, si, ahem), je décidais avec vigueur de poursuivre l'aventure jusqu'au bout de la nuiiiiit.

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La motivation retrouvée me mena donc une fois encore jusqu'à la scène de la Cascade, là ou les 2 Many DJ's se produisaient. Et autant vous dire que c'est précisément ce qu'il me fallait pour mettre un point d'honneur à une si jolie soirée ! Drôles et efficaces, ces deux messieurs ont laissé derrière eux un vent de folie à vous faire jumper tout un public chauffé à bloc. C'est qu'il fallait les voir se démener avec leurs platines dans une énergie insolente. On se serait volontiers cru dans un dancefloor géant à ciel ouvert, avec une dose de fun grande comme on n'en fait plus. Leur truc ? Un principe simple qui consiste à revisiter des titres connus pour leur ajouter un tempo electro. Autant vous dire que je me suis prise d'emblée au jeu du "blind-test" tout en ne cessant de me mouvoir en tout sens, ballotée par une foule enragée de bonheur. Confidence pour confidence, je n'avais encore jamais dansé sur "Les cactus" de Jacques Dutronc auparavant (ça, c'est fait) mais c'était un vrai plaisir de voir s'unir des styles musicaux si différents... En effet, l'alliance atypique qui s'en dégageait engendrait une bien belle diversité que l'on constate rarement. Et si j'ai tant apprécié ce set délirant, c'est précisément pour ses inspirations multiples et jubilatoires qui, au-delà du simple "remuage de fessier", permettait une mémoire collective propre à chacun. L'humeur était donc à la détente et je filais conclure entièrement ma journée de concerts, dans une spontanéité à fleur de peau qui, en dépit de l'heure tardive et du froid, ne m'affectait en aucun cas.

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J'aime les paradoxes quand ceux-ci me le rendent bien. Mon samedi festivalier, qui avait pourtant si mollement commencé, vit sa situation se retourner complètement jusqu'à en devenir une mémorable soirée, la musique au taquet, l'amitié au sommet. Et puisqu'en cet instant, j'étais encore à mille lieues de le deviner, je sais à présent que mon Rock en Seine 2010 trouva en ces quelques mots griffonnés, le résumé de la plus sensible de ses journées. Mais émotionnellement comblée et déjà emportée dans le flot des concerts qui s'amoncellaient , je songeais avec ardeur et fatigue au dimanche de clôture et aux surprises qui allaient accompagner ce dernier...

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--> Le Myspace de Two Door Cinema Club <--
--> Le Myspace de Paolo Nutini <--
--> Le Myspace de Stereophonics <--
--> Le Myspace de Queens of the Stone Age <--
--> Le Myspace de Naive New Beaters <--
--> Le Myspace de LCD Soundsystem <--
--> Le Myspace de Massive Attack <--
--> Le Myspace de Jello Biafra <--
--> Le Myspace de 2 Many DJ's <--

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VERSUS

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Samedi 27 août 2011

Force est de reconnaître que mes Rock en Seine se suivent sans se ressembler. Et si un an plus tôt, je ressortais comblée d'un samedi où pourtant rien n'était gagné, ce fut l'inverse totale pour le cru (la crue ?) de cette année, celui-là même qui allait me tremper de la tête jusqu'aux pieds ! C'est donc en patientant sous une porte cochère en plein Boulogne, bien emmitouflée dans les tréfonds mon K.Way, que je commençais fièrement cette seconde épopée, le meilleur ami geek tempêtant à mes côtés. L'averse qui, la veille, nous avait épargnés, semblait bien décidée à se rattraper et nous déverser dessus toute l'eau qu'elle avait accumulée. Un déluge qui me fit poursuivre sans trop de mal la grande saga de mes omissions volontaires made in 2011, de Hushpuppies à Cage the Elephant (hélas), avant de faire ma grande entrée sous le son electro-décalé du Corps mince de Françoise; un intitulé évidemment singulier, que je n'ai d'ailleurs pas eu l'occasion de vérifier de visu ^^

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Festivaliers_sous_la_pluie_3

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Assez de temps perdu ! La scène de la Cascade n'allait certainement pas attendre que je daigne me sécher et encore moins que la pluie cesse de jubiler. Me fondant alors, toute ruisselante, dans la masse des festivaliers mouillés, je pris une place de choix (sous le parapluie d'une inconnue donc ^^) pour assister au premier live de la journée... Les BB Brunes.
Oh, je sais déjà ce que vous pensez ! C'est un groupe de djeune's qui se la pètent et qui nous servent de la musique mélo pour midinettes sous couvert d'un rock imaginaire ? Peut-être. Mais puisque de leur concert à la Cigale en 2008, je gardais un fort divertissant souvenir du public pré-pubère (mouhahaha), renforcé par un "live" satisfaisant quoique pas assez mature à mon goût, il aurait été dommage de ne pas constater leur évolution musicale plus de trois ans après, leurs albums étant après tout, selon moi, bien loin d'être mauvais.

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Aussi amusant que cela puisse paraître alors, les BB Brunes ont su arrêter la pluie !  Leur set, qui avait commencé sous des trombes d'eau, s'est fini par un joli rayon de soleil qu'on n'attendait même plus, ainsi qu'un très seyant lancer de K.Way pour ma part. Et d'ailleurs, parlons-en de ce set ! Ceux qu'on critiquait tant ont su convaincre sans peine un public festivalier, cette fois-ci plus âgé et sans doute plus exigeant aussi. Car à se nourrir de rock "vintage" dés l'âge du biberon, il y a forcément de bons restes. Un pari audacieux que les uniques survivants de la vague des "Baby Rockers" ont amplement relevé, nous prouvant qu'ils n'étaient pas seulement des "idoles d'un soir" mais aussi un vrai groupe, capable de nous offrir une prestation aboutie et adulte, tout à fait respectable et même bien au-delà. Les mauvaises langues et autres curieux qui guettaient la fausse note en auront donc pris pour leur grade. En effet, surfant sur leurs inspirations diverses avec une désinvolture somme toute assez charmante, (on notera une reprise de Alain Bashung ou encore leur chanson "J'écoute les Cramps" qui en dit long), il semblerait que les jeunes musiciens au rock écorché aient passé leurs dernières années à soigner autant leur look que leur investissement musical. Menés par un Adrien décidément très à l'aise qui n'hésitait pas faire monter l'ambiance, c'est à peu de choses près tout leur répertoire qui y est passé, les morceaux de l'album "Nico Teen Love" donnant la réplique à leurs premiers succès, ceux-là même qui ont fait vibrer la fosse à l'unisson quand tout autour de moi, j'entendais jaillir par coeur les paroles de chaque chanson, "Le gang" se positionnant en guise de conclusion. On ne pourra certes pas omettre les minettes hystériques du premier rang, mais reconnaître aux jeunes hommes une aisance musicale et une sobriété nouvelle dans leur façon d'aborder un concert, ça oui, assurément ! Bref, la conclusion de ce "live" vivant, pertinent, enjoué et réussi pourrait bien être les paroles de cet inconnu, posté juste à mes côtés: "Tout le monde dit que c'est un groupe qui ne sert à rien, mais il n'empêche qu'ils sont tous venus les regarder sur scène alors qu'il pleuvait, et qu'ils connaissaient à fond les paroles de chaque morceau !" CQFD.

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Sans me reposer sur mes lauriers, et bien que recouverte presque intégralement de boue ("big up" à la fille en escarpins de 12 cm en nubuck qui enfonçait ses talons aiguilles un peu partout), direction la Grande Scène, après avoir croisé brièvement, à l'image de l'année précédente, ma coloc' festivalière et sa guilde en pleine pause café. Pour moi cependant, l'heure était plutôt à rentabiliser du concert et par chance, j'avais rendez-vous avec The Streets...

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The_Streets

The_Streets

Plus qu'une agréable surprise, je crois bien pouvoir ici évoquer le coup de coeur. Je ne m'attendais en effet à rien de particulier en me rendant sur le terrain spongieux de la scène principale mais pourtant, Mike Skinner et sa petite bande d'anglais,  remplaçants de dernière minute du rappeur Q-Tip, m'ont littéralement subjuguée, m'emportant en un clin d'oeil dans leur flow hip-hop bien dosé et leur musique incisive qui tombe toujours juste. Ceux qui avaient déjà remplacé Amy Winehouse en 2008 lors du même festival et ne s'étaient de toute évidence pas laissés démontés par la situation, ont frappé encore une fois... et pour la bonne cause ! En mode "à la cool" en début de prestation, les grands-bretons de The Streets ont su maintenir le cap et faire vibrer un public chaud comme la braise pour donner, à chaque petite minute qui passait, d'avantage d'intensité à leurs morceaux et ce, jusqu'à l'explosion magistrale. Les beats martelés sans s'arrêter avec une puissance qui en aurait impressionné plus d'un, il flottait dans les airs cette énergie nerveuse, si délicieuse en "live", à mesure que Mike crachait ses textes engagés et corrosifs autant qu'il nous parlait, se fondant ainsi corps et âme avec son public. Le show s'en allait crescendo et se hissait au top, générant une performance impeccable, tant musicalement qu'humainement. Et à mesure que quelques riffs rock se dessinaient, voici que Mike en personne se prépara pour un slam géant en toute simplicité, voguant au-dessus la fosse avec une assurance déconcertante. Un temps fort incroyable pour un groupe au sommet de son art qui, à toujours jouer les remplaçants pour Rock en Seine a fini par tout gagner. Chapeau bas les gars ;)

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Cocorosie

En guise de conclusion du concert, je me suis offert l'introduction d'un autre, à grand renfort de course à pied pour regagner la scène de la Cascade à toute berzingue (on ne m'arrête plus !). Cocorosie y commençait un set très poétique avec beaucoup de douceur et de délicatesse. C'est donc dans l'univers d'un voyage folk que je me suis plongée cette fois, ensorcelée par une partition onirique et un peu loufoque qui seyait à merveille aux deux jeunes femmes. Emportée dans un non-conformisme évident, j'étais partagée entre étrangeté et beauté des mélodies, et me laissais bercer comme dans un rêve. Les bruits singuliers qui émanaient de l'ensemble (objets du quotidien transformés pour l'occasion en instruments de musique) se la jouaient "performance artistique" et tendaient à enfreindre les règles de toute éventuelle monotonie.  Une sorte d'ovni édulcoré dans le petit monde festivalier en quelque sorte. Pourtant, je ne peux pas dire avoir été entièrement captivée ou séduite, et je me suis extirpée de la foule un peu avant la fin, une appréciation en demi-teinte. En effet, au sein de cette sensibilité admirable et d'un talent atypique que je ne pourrais que porter aux nues, se dressait un gros hic. A mi-chemin entre une rythmique trop faiblarde et une musique difficilement accessible, c'était une programmation plutôt hasardeuse pour Rock en Seine, et quoique jolie, pas forcément très efficace. Par temps de pluie, les gens n'auraient-ils pas plutôt eu besoin d'un bon coup de fouet ? Dommage...  mais en ce qui me concerne, et parce qu'elles attisent hautement ma curiosité insatiable, je demanderais d'avantage à voir ses deux magnifiques artistes dans une "vraie" salle et avec la mise en scène assortie. Ça, c'est dit !

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Guinguette

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Ce qui s'ensuivit toutefois fut une petite halte, du genre bien méritée. Prenant l'ami geek sous le bras, on se mit à flâner du côté de la nouvelle scène, la Pression Live, juste à temps pour voir les dernières notes de The Jim Jones Revue (je n'en ai donc aucun avis, même subjectif...), apprécier l'aspect un peu confiné de ce lieu tout nouveau, et surtout se prendre en pleine face les gens qui se dissipaient tandis que nous évoluions à contre-courant. Puis, à force de paresser devant la Grande Cascade et de s'attabler à la Guinguette postée en face, le temps filait sans nous, laissant place à un début de soirée aussi grisouillet que guilleret. Alors que plus loin, le festival battait son plein, l'air nous ramenait des effluves de bière, de chili et d'herbe humide mélangés. Un summum du glamour pour les festivaliers ? ;)
Revenant doucement sur nos pas, nous trouvâmes une Keren Ann qui effectuait, sur la scène de l'Industrie, les dernières mises au point en compagnie de ses musiciens... Mais puisque pour le concert suivant, il fallait bien faire un choix, et que de don d'ubiquité, je ne possédais toujours pas, j'avais tranché: ce serait Interpol sur la Grande Scène.

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Là, il faut bien admettre que je me suis trompée en beauté. Moi qui m'attendais à assister à un show dynamique et envoyé, façon post-punk revisité, me suis retrouvée confrontée à un set au son médiocre, ennuyeux à souhait. Tout était linéaire et austère à tel point qu'il n'y avait aucun ressenti qui transparaissait. Les new-yorkais se voulaient ténébreux et énigmatiques mais en vain. Ils étaient déprimants et sans âme, et laissaient leur gravité inutile gâcher allègrement tout leur concert. Pire que bof, je n'ai pas tenu plus d'une dizaine de minutes et ai préféré rebrousser chemin avant de me suicider.

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Keren_Ann

Keren_Ann

Heureusement, arpentant une fois de plus tout le domaine de Saint-Cloud (un sport à part entière, vous dis-je), Keren Ann était toujours en place, et en plein show cette fois, sur la scène de l'Industrie. Suffisamment en tout cas pour me laisser profiter de quelques morceaux aux mélodies folk percutantes qui m'ont séduites de suite, et mille fois plus que sur la version album ! Car jusqu'alors, si je reconnaissais son don inné pour la musique, je n'en étais vraiment pas fan. Mais soudain, le "live" a changé toute ma façon de penser. La jeune femme possédait effectivement une prestance scénique que je ne lui imaginais pas mais impossible de le nier, elle avait un charme fou que son "live" intimiste lui rendait bien. En fantaisiste romantique ou en aventurière mutine, elle était simplement parfaite, quel que soit le rôle endossé. Elle enchaînait ainsi à un rythme soutenu et très plaisant des chansons féminines, au doux parfum de cynisme, qui lui allaient à merveille. Développant de la sorte toute l'étendue de son talent et d'une personnalité complexe et plurielle, j'y ai perçu l'empreinte évidente de Benjamin Biolay, une collaboration au sommet, mais également un caractère bien trempé et une assurance délurée. Forte et fragile à la fois, son répertoire était à son image, un joyau à l'état brut aux multiples facettes. Et pour couronner le tout, la belle nous a gratifié de son plus beau sourire au moment de saluer... Just charming ! Une vraie artiste qui a su m'émouvoir comme m'époustoufler avec malice et sincérité.

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21h passées... De la scène de l'Industrie, je savais que je ne bougerais plus désormais. Trop vannée. Le dîner fut bref et l'ami geek et moi-même nous rapprochions doucement vers les premiers rangs, pataugeant dans une herbe où le taux d'humidité semblait ne faire qu'augmenter. En cet instant, j'avais définitivement renoncé à la tête d'affiche Arctic Monkeys les ayant vu en concert précédemment et n'ayant pas jugé leur prestation excellente. Je leur préférais une bonne dose de fou rire pré-dodo que me procureraient sans aucun doute les Sexy Sushi et leur electro-trash fou à lier. Toujours est-il que l'attente dans le froid agressif de cette journée du mois d'août, qui n'en était pas vraiment une au fond, allait durer plus d'une heure et rien que d'y penser me démotivait quelque peu. Les bavardages et autres geekeries se voyant vite remplacés par mes claquements de dents en mode intensif, je trouvais un bloc de béton pour apaiser ma carcasse et pratiquer des activités hautement intellectuelles ("Angry Birds" ou "Paper Toss" donc), une fois mes quatres couches d'épaisseurs polaires enfilées. Pour la petite précision, oui, je ressemblais bel et bien à un sac... et pour la première fois de ma vie, m'en contrefichais ! Mais l'ennui était loin d'être fini et après avoir épuisé mon stock de jeux iPhone 4, je fis à peu près tout et n'importe quoi, du tweet totalement inutile à des appels sans but, pourvu que la torture de l'attente cesse enfin. Comme quoi, être impatiente et chochotte à la fois, ce n'est vraiment pas pratique dans certains cas ^^

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Sexy_Sushi

Rebeka_Warrior_2

Sexy_Sushi_2

La tornade Sexy Sushi allait cependant avoir raison de ma torpeur, et pas qu'un peu ! Parce que sur scène, on me pardonnera ce jeu de mots vraiment bidon mais Rebeka Warrior et Mitch Silver partent totalement en live. Sons d'électro saturés surpuissants pour lui, séance de beuglage dans le micro en bonne et due forme pour elle, les deux nantais assument leur folie furieuse et mieux encore, ils la revendiquent. Autant vous prévenir, si vous n'êtes pas fan du quarantième degré et que vous vous pincez au moindre mot un peu déplacé, il est donc préférable de passer votre chemin. Car Sexy Sushi, c'est l'art du politiquement incorrect poussé à son paroxysme, dans la joie et la bonne humeur s'il vous plaît. Et si je le savais déjà, avoir pu le vivre en direct ne fit qu'amplifier un plaisir déjà acquis !
Perchée sur mon bloc de béton/podium à scander le rythme, j'avais une vue d'ensemble plutôt sympathique qui me permit de profiter tant de la scène que de la fosse ce qui, pour l'occasion, était tout aussi important. L'introduction du concert à elle toute seule était d'ailleurs un poème. Rebeka, acclamée par une fosse en délire, se mit à déverser un chapelet de mots orduriers assez copieux avant de se lancer avec un dynamisme dont j'aimerais bien savoir le secret (hû hû) pour une heure d'un show dont je ne saurais vous retranscrire l'ambiance avec seulement mes mots. Mais essayons cependant... Des festivaliers et festivalières qui montent sur scène par vingtaines et se dénudent doucement en se dandinant tels des épileptiques enragés, la moitié des filles du public qui finissent topless sur les épaules de jeunes hommes inconnus par 9°, un catcheur (en string) qui sacrifie des sapinounets avant de les jeter sur la foule, un pénitent dont on se demande un peu ce qu'il fait là. Sexy Sushi, c'était bien ça; un défilé de tout et n'importe quoi. Et Rebeka l'androgyne, de donner toujours et encore de la voix sur le beat electro écorché de son compère, enchaînant ses titres-clés ("Cheval", "Sex Appeal"...) pour finalement se retrouver à poil, comme tout le monde, les tétons joliment scotchés, et accessoirement slammer dans la foule toutes les trois minutes. Dingue, non ? Côté musical, ce n'était pas l'apogée de la gloire non plus, mais le concert était tellement surréaliste qu'à se désarticuler tous en même temps, c'était comme si la foule entière s'était dopée à l'ecstasy. C'était outrancier, débile et débridé... mais qu'est-ce que c'était bon ! D'un point de vue provoc', les deux énergumènes n'étaient pas en reste non plus. Je cite: "Est-ce que ces enc*lés d'Artic Monkeys sur la Grande Scène pourraient faire un peu moins de bruit ? A mort Artic Monkeys ! " Et c'est pas moi qui l'ai dit ! Cependant, l'absence de tabous était plus que bienvenue puisqu'elle renforçait le côté complètement décalé du duo tandis que leur jusqu'au-boutisme loufoque et bordeline accentuait d'avantage encore les traits de nos drôles de personnages. Un moment hors-normes qui a clôturé la soirée de la façon la plus désinhibée qui soit et qui m'a value comme unique déception de ne pas entendre "Hibernatus", mon morceau favori. Mais qu'à cela ne tienne, j'ai le DVD dans... ***

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J'aurais voulu évoquer Jane Austen en cet instant que je l'aurais, à mon plus grand regret, trahie. Mais toujours plurielle dans la rêverie comme dans la folie, c'est dans cet état d'esprit que je finissais mon samedi. Mon sourire s'étendait presque autant que la pluie car j'avais finalement réussi à faire de ma journée, bien loin du scepticisme et de l'ennui, un petit bijou de drôlerie. Dans le rock ou bien le folk, dans l'electro ou le hip-hop, les réminiscences musicales commençaient déjà à évoluer vers une belle nostalgie, quand je souhaitais garder intacte toute leur magie. Et même si le froid m'avait paralysé, il demeurait en mon for intérieur comme une envie. Celle de savourer un instant de détente et une jolie nuit avant de franchir le tout dernier cap de mon festival favori...

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--> Le Myspace de Hushpuppies <--
--> Le Myspace de Cage the Elephant <--
--> Le Myspace de Le Corps mince de Françoise <--
--> Le Myspace des BB Brunes <--
--> Le Myspace de The Streets <--
--> Le Myspace de Q-Tip <--
--> Le Myspace de Cocorosie <--
--> Le Myspace de The Jim Jones Revue <--
--> Le Myspace de Interpol <--
--> Le Myspace de Keren Ann <--
--> Le Myspace de Arctic Monkeys <--
--> Le Myspace de Sexy Sushi <--

 

-Livy-

Posté par livy_etoile à 08:00 - Trois petites notes de musique - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires

  • J'adore ton résumé j'ai surtout lu attentivement Cocorosie et les BB Brunes que j'aimerais voir en concert! Trop chouette ta tenue! Bisous ma douce <3

    Posté par July, 17 septembre 2011 à 12:52
  • July:
    Merci beaucoup miss. C'est précisément le but de ce (loooong) post qui prend parfois de faux-airs de roman ! Chacun peut piocher à droite à gauche dans les concerts qu'il souhaite et j'espère bien avoir pu t'éclairer un peu sur les artistes que tu as dans le collimateur pour mieux en profiter par procuration et t'en donner une petite idée
    Ah, et puis toute enthousiaste aussi de constater que ma tenue rencontre son petit succès, bien évidemment ^^ Gros bisous bella !

    Posté par -Livy-, 20 septembre 2011 à 20:11
  • Pour les meilleurs concerts de cette journée étaient Thé Streets et Keren Ann.

    Les sexy sushi c'était pas mal du tout mais tout est un peu trop sur le même son un peu sale ce qui fait que je n'entendais pas tout (ou comprenais)

    Posté par John C., 25 septembre 2011 à 17:21
  • Je vois que tu reviens sur ce samedi 2010, où j'étais présente^^ je partage avec toi ce souvenir inoubliable de massive attack, c'était magique! moi qui aimait le groupe, mais pas toutes les chansons, j'en suis devenue folle! Aussi fan que mon chéri peut-être.

    Tu as bien raison de parler de la fosse pour Queen of the stone age, j'ai faillit crever!!! Sans blague! mais c'était tellement fun (même si je craignais pour ma vie)

    au fait c'est "kelly elliott"

    Posté par kelly me, 27 septembre 2011 à 20:18
  • John:
    The Streets + Keren Ann = combo gagnant
    Après, tu sais tout le bien que je pense des "Sexy Sushi"... J'aime beaucoup l'idée d'un bon gros défouloir qui fait décompresser les gens, sons saturés à l'appui. Et je me dis que ce n'est pas très grave, au fond, que tu n'aies pas saisi toutes les paroles. On ne peut pas dire qu'ils s'adonnent à la chanson à texte non plus, hû hû.

    En même temps, ce qui m'a le plus marqué dans cette journée, moi, c'était la pluie !

    Posté par -Livy-, 02 octobre 2011 à 23:37
  • Kelly:
    Rassure-toi ma belle, je t'avais reconnu ^^
    Je me souviens en effet que tu avais assisté au samedi de la session 2010 de "Rock en Seine" et c'est très agréable d'avoir ta vision de la journée, du coup. Ton chéri a bien eu raison de te convertir à 100% à "Massive Attack". Il a bon goût et ce n'est certainement pas moi qui le contredirai. Quant à la fosse des "Queens of the Stone Age", il vaut mieux en rire à présent. C'était certes un peu oppressant sur le moment mais ça en valait vraiment la peine !
    J'ai comme l'impression que nous avons quasiment vécu le festival de la même façon

    Posté par -Livy-, 02 octobre 2011 à 23:54

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