Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

22 juillet 2011

"Swan Lake" le ballet, au Théâtre des Champs-Elysées

Swan_Lake_SPBT Swan_Lake_SPBT_2

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Parce que dans mes retours en arrière, j'aime souvent à m'émerveiller ou me complaire, et d'avantage encore s'il s'agit de l'une de mes passions comme la musique ou bien la danse, je n'aurais point oublié le 16 février dernier. En effet, le décor planté au Théâtre des Champs-Élysées le temps d'une soirée rêvée, j'ai eu rendez-vous avec le "Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre", une petite compagnie privée, et son Étoile Irina Kolesnikova.
Ayant élu domicile en les lieux pour quelques représentations, la troupe y revisitait les grands classiques tels La Belle au Bois Dormant, Roméo et Juliette, Casse-Noisette ou encore Le Lac des Cygnes; et c'est comme prise d'une frénésie soudaine, en proie au septième art et à l'excellent Black Swan de Darren Aronofsky encore dans les salles en ces rudes mois d'hiver, que je me suis décidée d'assister enfin à l'incontournable chef-d'oeuvre de Tchaikovsky, pour la toute première fois de mon existence...

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Un ballet ! Fallait-il que j'attende si longtemps avant de me replonger dans cette ambiance spécifique qui, sur les traces d'une histoire imagée, allie la grâce à la rigueur et l'élégance à la musique ?  Depuis Coppélia de Delibes, les occasions m'avaient manquées, sans doute un peu de trop. Et c'est ainsi tourmentée par un enthousiasme latent que j'ai revêtu mes plus beaux atours afin d'assister à cette version d'un Swan Lake qu'il me tardait fort de découvrir.

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Pendentif en cristal de Baccarat, robe en dentelle noire et chaussures rouge vif satinées. Le choix d'une tenue romantique et chic à l'aspect suranné un brin décalé était tout naturellement étudié pour me plonger d'emblée dans l'ambiance... Or, cette ambiance avait le mérite de s'emparer en cette soirée du cadre somptueux du Théâtre des Champs-Elysées qui, à défaut de mal porter son nom (il se situe avenue Montaigne et pas tout à fait à côté de la plus belle avenue du monde), m'a séduite aussitôt.

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Le Théâtre des Champs-Élysées vu de l'extérieur...

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... et la salle de spectacle.

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Il s'agit en effet d'un merveilleux endroit, élégant et fastueux, et tout droit sorti d'une autre époque, qui prête à s'évader vers d'oniriques contrées.
Comportant une façade classée monument historique, son architecture comme sa réputation ne sont plus à décrire. Il occupe le rez-de-chaussée d'un immeuble de luxe qui abrite également deux autres salles de spectacle, et se décline en plusieurs styles, art déco et classique. Sa programmation, plutôt loin de l'état d'esprit théâtral paradoxalement, est d'avantage dédiée à la musique classique, de l'Opéra au concert symphonique, du ballet au récital lyrique. Un contexte évidemment idéal pour partager quelques instants au romanesque avéré. Et c'est de la sorte que, lorsque la musique a commencé à retentir, tout doucement, je me suis laissée bercée littéralement...

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Le rideau rouge était encore fermé et les premières notes dont l'orchestre s'emparait vibraient, agiles, telles de petites fées magiciennes qui rendent au temps toute son importance. Il y avait dans la salle un silence ému paré d'un attente solennelle et j'ai de suite compris que la musique du "SPBT" serait un véritable atout au sein de la soirée, à la hauteur de l'oeuvre du grand Tchaikovsky, mais sans toutefois en faire trop.
En effet, dans une interprétation somme toute assez humble qui renforçait d'ailleurs une touche très joliment personnelle, les musiciens ont sur orchestrer le ballet avec brio, lui apportant une dose de fraîcheur parfaitement maîtrisée.

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Lorsque le premier acte a débuté, j'ai senti quelques larmes perler de mes yeux et mon coeur s'emballer. La petite étincelle engendrée par l'engouement pour la soirée n'y était sans doute pas pour rien mais, sans omettre pour autant cette émotion aussi intense qu'instantanée, j'ai surtout salué le spectacle qui s'offrait à moi. Il faut dire que le ballet laissait, pour l'occasion, libre cours à une plaisante simplicité dans la mise en scène, ainsi qu'une ambiance magique, enjouée et pleine d'enthousiasme, à cet endroit même où danseurs et danseuses s'en donnaient à coeur joie (le fou du roi en premier, quelle excellente prestation !) et brillaient -à quelques exceptions près- tant par leur talent que leur dynamisme avéré, dans un tourbillon effréné présenté sous nos yeux. Sorte d'instant hors du temps, quasi féerique...

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Les costumes, quant à eux, étaient travaillés, juste ce qu'il faut.
Ni kitschissimes ni pompeux, ils adhéraient parfaitement à la scène et reflétaient à merveille l'état d'esprit quelque peu intimiste de la compagnie.

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Sautillant et enjoué, le ballet s'ouvrait donc de la façon la plus charmante qui soit, avec une jolie pudeur dotée d'un brin d'humour, presque infantile.
Et si le prince se montrait peu présent et pas vraiment au centre de l'attention, qu'importe ! Les festivités avaient bel et bien commencé.

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Irina_Kolesnikova_White_Swan

Irina_Kolesnikova_White_Swan_and_Prince

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Un peu plus difficile en revanche de se sentir entièrement happé par le deuxième acte...
Les faux cygnes qui défilaient en fond de décors possédaient cet aspect "cheap" dérangeant et quelque peu inadéquat de prime abord, le tout renforcé par la danse du prince et de son arbalète qui, perçue de la sorte, aurait bien pu donner l'image d'un enfant en plein jeu, dans une essence de naïveté pour le moins décevante.
Fort heureusement, la suite allait nous offrir la complexité tant attendue de l'intrigue, révélant au grand jour son Étoile, Irina Kolesnikova, dans une performance ô combien appréciable, portée par la musique entêtante du thème principal du Lac des Cygnes. Classique et appliquée, la jeune femme longiligne prenait les traits d'Odette pour se mouvoir avec toute l'élégance due à son rang, exécutant ses pas de danse avec une assurance incroyable et s'élevant de la sorte bien au-dessus de son prince qui, il faut l'avouer, allait se montrer un peu transparent tout au long du ballet. Nous gratifiant ainsi d'un sans-fautes et d'une prestation scénique irréprochable, la belle ballerine donnait à son cygne blanc un charisme sobre et romantique.
Point d'originalité et point d'écart dans l'histoire, certes, mais juste cette impeccable chorégraphie qui suscitait l'admiration et l'épanouissement, à défaut de contenir un peu trop l'émotion, tant nous nous positionnions ici dans un idéal de performance.
D'un autre côté, force est d'admettre que l'Étoile étant là pour attirer les regards et briller, elle brillait... d'un naturel presque intimidant. Et nous amenant sur les chemins tortueux de la malédiction de Von Rothbart, elle emportait avec elle, dans une lenteur à se damner, ce côté sombre mais toujours épuré qui contrastait beaucoup avec l'acte précédent, répandant une noirceur délicate que transcendait la danse.

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Irina_Kolesnikova_Black_Swan

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Le troisième acte étant mon préféré, j'attendais beaucoup de la venue du cygne noir, l'esprit critique, mais je dois vous confesser ne pas avoir, une seule seconde, été déçue.
Si l'introduction comprenait quelques longueurs, liées à une impatience personnelle que je ne peux qu'avouer, l'apparition d'Irina Kolesnikova fut une révélation. Elle rayonnait littéralement dans ce rôle d'intrigante maléfique et, sous les traits de la terrible et audacieuse Odile, nous séduisait, en même temps que son prince, de par ses mouvements suaves et violents à la fois, jusqu'à nous ensorceler.

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Irina_Kolesnikova_as_Odile_and_Prince

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Les autres danseuses en seraient presque passées pour transparentes (mais ce serait beaucoup dire !) tant on avait envie de voir apparaître le côté obscur de l'Étoile, qu'elle nous révèle au grand jour sa beauté hypnotique et sa gracieuse perfidie. Alors, tandis que les jeunes ballerines s'empressaient autour d'elle dans quelques pas lestes et agiles, Irina répandait toute la magie de la légende, dégageant une sorte de fascination fatale au sein de son rôle. Un rôle qui lui allait d'ailleurs comme un gant et dans lequel elle excellait, encore bien plus je dois dire qu'en cygne blanc où elle se montrait pourtant déjà fort talentueuse.
Car cette fois-ci, outre la perfection de mouvements qu'on lui accordait déjà précédemment et qui, de toute évidence, caractérisent la danseuse, Irina Kolesnikova, dotée, tel le personnage d'Odile, d'une assurance de feu, arrivait à faire passer dans l'art de la danse, et en dehors de tout aspect technique, un incroyable panel de sentiments, émotions et ressentis qui touchaient notre sensibilité pour mieux la torturer: un vrai délice en proie au fantastique.

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Little_swans

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Pourtant, j'apporterai toutefois un bémol assez conséquent au dernier acte qui m'a laissée de marbre. Alors que, prise dans le déroulement harmonieux de l'ensemble, j'étais captivée par l'histoire jusqu'au bout des ongles et espérais secrètement un final dramatique de toute beauté, je me suis soudainement retrouvée face à une chorégraphie marshmallow à souhait où tout est bien qui finit bien. Vous l'aurez compris, ma soirée s'est conclue en mode "happy end", celui-là même que je maudis tant et qui, d'un coup, a vu retomber ma sensibilité au niveau zéro. Et si j'enviais une conclusion quasi-théâtrale qui aurait pu me rappeler Black Swan, j'étais bien loin du compte. Dans cette version en effet (il y a, dans Le Lac des Cygnes, plusieurs fins possibles), le méchant Rothbart était voué à mourir évidemment et, tandis qu'il agonisait, les petits cygnes l'entouraient doucement tandis que le gentil couple retrouvé triomphait dans un appel à l'amûûûr... Force est d'avouer que ce n'était en rien ce que j'attendais, et encore moins digne de ce ballet dont on apprécie d'avantage la version empreinte de toute la splendeur de la souffrance, portée par un thème mélodique puissant et déchaîné qui entraîne les larmes et le sang dans toute l'acception de la tragédie. La musique comportait d'ailleurs (comme bien souvent) des coupes à plusieurs reprises qui m'ont agacées, tant je l'apprécie dans son intégralité, et j'aurais été franchement désappointée si je n'avais pas trouvé, très heureusement, quelques grammes de beauté bien ancrés dans l'ultime chorégraphie.

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Le ballet terminé cependant dans quelques cris de joie et la compagnie enchaînant les retours sur scène pour des saluts enthousiastes aux sourires flamboyants, l'orchestre conclut sa partition, non sans une certaine émotion, laissant pour de bon au grand Tchaikovsky toute l'ampleur de ses sentiments mêlés. C'était de petites minutes inoubliables et incontrôlées où la musique fait oublier le reste du monde et disperse ses notes fugaces et égarées.
Dans la tête, une danse endiablée, délicate, élégante et raffinée.
Et dans les yeux, un zeste de magie retrouvée.

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De mes quelques petites confessions alors, qu'elles soient passion ou déception, demeurent la valse de chaussons de danse flottant sur un sol presque transparent, les mouvements de fragiles cygnes enchantés, la légende devenue mélodie symphonique, la grâce et l'imagination... Nul regret dans l'effusion de mes souvenirs; la beauté de découvrir Le Lac des Cygnes en assistant précisément au ballet et l'idée même de peaufiner mes classiques était sans doute déjà bien assez. Et si les critiques ne peuvent être positives de fond en comble, je garderai de ces heures si spéciales la notion d'un rêve devenu réalité dans le cadre ô combien adulé d'un conte musical fluide et joliment caressé.

Car parfois un peu trop sage ou trop lisse pour m'emmener dans mes addictions préférées, le "SPBT" a surtout réussi le très beau pari d'allier la technique à l'harmonie et de générer un spectacle dénué de tout artifice inapproprié, laissant ainsi la part belle à l'esthétique épurée de la danse classique, renforcée par l'aura de son Étoile, le tout dans un hommage évident à l'élégance. Une performance de toute beauté qui valait assurément le déplacement et qui me pousse à présent à envisager quelques nouvelles et prometteuses soirées. Pourquoi pas plus contemporaines cette fois, afin d'élargir le choix, à commencer par le Miami City Ballet. Mais voyons donc... Ce dernier ne donnerait-il pas demain sa dernière représentation au Théâtre du Châtelet ? Histoire à suivre, et de très près ;)

-Livy-

Posté par livy_etoile à 08:00 - Je me culture à Paris - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    Je ne pense pas qu'en regardant un ballet je ressentirai toutes ses émotions que tu décris. J'avoue avoir du mal avec la danse (à choisir que je préfère encore l'opéra).

    Par contre j'aurai bien voulu voir la salle qui à l'air superbe.

    Posté par John C., 27 juillet 2011 à 22:04
  • John:
    Sans blague ? Le ballet, émotionnellement, ne t'inspire pas ?
    Bon, je le comprends très bien en même temps, tout comme ton ravissement pour la salle (superbe en effet, c'est bien là le mot), mais ne crie pas trop fort cependant que l'opéra ne te rebute pas tant que cela, car il se pourrait que l'information ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde... D'ailleurs, félicitations à toi car tu es parvenu à "échapper" au "Miami City Ballet" à un poil de euh... non (^^) près ! Et ce, pour mon plus grand désarroi, bouh !

    NB: C'est tout de même un monde que mon post traitant d'un ballet les plus réputés ne soit commenté que par... des hommes? J'aime bien l'idée ^^

    Posté par -Livy-, 31 juillet 2011 à 19:20

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