Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

07 mars 2011

And finally, one day... Monet au Grand Palais

Exposition_Monet_Grand_Palais

 

Après un manque de temps notoire de ma part lorsque l'exposition Monet a vu le jour au Grand Palais, une querelle sans limites avec des billets coupe-file qui, de toute évidence, se refusaient à moi et, concluant cette terrible épopée, un espoir vain soldé d'un bel échec afin de trouver une place pour début janvier, c'est tout mon entendement qui a craqué !
Comme toutefois il m'en faut d'avantage pour dire mon dernier mot, j'ai décidé, dans un ultime espoir (un thème sonore mélodramatique serait ici le bienvenu ^^), de foncer tête baissée sur les nocturnes 24/24 du week end de clôture, peu après l'heure du crime et bien motivée à attendre et résister pour je ne sais combien de temps, dans un froid passablement polaire, sur fond de musique classique et de distribution gratuite de madeleines et autres boissons énergisantes.
Une B.A donc, dans toute sa splendeur, pour l'odieuse fille perso et anti-foule que je suis, qui m'aura vu semi-disparaître dans les tréfonds d'une doudoune, telle un gros coussin, pendant une bonne heure et demi, jusqu'à monter enfin les marches du Grand Palais (Victoire !!), au moyen de pieds qui ignoraient à cet instant qu'ils possédaient encore quelques orteils...
Ceci étant, c'était au final un compromis plutôt intéressant puisque si d'une part,  je me suis vue passée plus de trois heures dans ce cadre merveilleux en compagnie de l'ami Monet (c'est un peu là d'ailleurs, l'objet de ce billet), j'ai également pu savourer la tête de mes compagnons d'infortune, tous vêtus d'un sommeil entêtant qui, passés les trois heures du matin, les faisaient ressembler étrangement à de drôles de zombies errant hagards, dans les couloirs du musée. Rien que du bonheur, vous dis-je !

Car si une fois au chaud, j'étais déjà en train de pester avec ardeur dans les premières salles de l'affluence importante qui se déversait tout autour de moi, m'empêchant de profiter au mieux du moment, bousculée et décidément très agacée (oui, je suis un monstre, inutile de le préciser ^^), les inconnus fringants de minuit ne furent plus ensuite qu'un petit tas de pleutres endormis dont je me suis fortement réjouie !
Ainsi, dans le confort et l'aisance de salles plongées mystérieusement dans une ambiance nocturne, je me suis vue me perdre volontairement dans les méandres de l'exposition parisienne phare de ces derniers mois, à la (re)découverte d'un peintre qui a su transcender avec émotion la rétrospective de si grande ampleur qui lui était consacrée.      

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L'exposition ?

Remettons-nous un peu dans le contexte.  L'évènement Monet au Grand Palais avait de quoi réunir les adeptes de l'impressionnisme, et autres curieux amoureux de la peinture. En effet, l'exposition retraçait pour l'occasion plus de 60 ans de l'immense labeur du peintre avec près de 200 œuvres exposées. (170 toiles et dessins confondus environs, auxquels se sont rajoutés quelques ouvrages de ses contemporains, pour un très bel hommage).
Il s'agissait donc d'un parcours inédit, subtile et imposante dédicace à notre cher Claude, comme on n'en avait pas vu depuis plus d'une trentaine d'année. Ajoutons à cela une quasi-intégralité de la collection Monet à travers le monde, il en a résulté une exposition extraordinaire, excessivement riche et totalement inédite.

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Il faut préciser que la rétrospective, dans une volonté de précision extrême, s'est aventurée à retracer de façon la plus complète possible, toutes les "périodes" artistiques du peintre, de ses débuts (vers 1860) jusqu'à ses peintures de Giverny, plus connues sous le nom des fameux Nymphéas. S'orchestrant de salles en salles, selon diverses thématiques, et dans un souci de chronologie évident, on a pu y trouver, en plus de ses propres œuvres, des portraits de lui faits par ses amis artistes proches (Manet, Renoir...), des lettres issues de correspondance, et nombreux détails nous permettant de mieux nous immiscer dans sa vie intime, non par voyeurisme mais plutôt dans un grand élan d'émotion dévoilant un génie créatif indéniable. Notons également des explications d'une belle clarté dans un dédale de salles qui l'étaient tout autant, et qui ont offert au public une présentation aérée, concise et irréprochable d'une vie entière consacrée à l'amour de la peinture, au gré des voyages et des aléas du quotidien. Bien agencée et parfaitement organisée alors, on ne pouvait rêver mieux sans mentionner les gens. D'autant plus qu'un tel évènement  ne pouvant qu'engendrer un certain temps passé à arpenter les couloirs du Grand Palais, il semblait évident qu'il fallait prohiber au sein de la visite toute impression de longueur ou autre monotonie linéaire. Un pari amplement réussi qui méritait bien alors quelques critiques personnelles certes, mais un brin dithyrambiques.

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Cependant, je ne saurais trop par où commencer. Il apparaît évident que l'aspect grandiose de la chose nous laisse sur une sensation tellement plurielle qu'on souhaiterait tout mentionner sans pouvoir vraiment s'y adonner. Mais je me souviens avoir été, de prime abord, fort impressionnée par le nombre incroyable de collections qui figurait au programme. On n'est évidemment pas sans ignorer la collection permanente du Musée d'Orsay qui regorge de petites merveilles impressionnistes peintes par Monet, mais les tableaux provenaient ici de tous les grands musées internationaux, de quelques moins connus également, ainsi que de collections particulières.
Un panel immense et inattendu certes, mais surtout de grand intérêt puisqu'il faisait se dévoiler à nos yeux l'oeuvre du peintre d'une façon toute nouvelle encore. Il permettait en effet d'admirer non pas un tableau seul, comme nous en avons souvent l'habitude, mais de nombreux ouvrages créant une variation autour d'un même thème. Et c'est avec ravissement que, pointilleuse comme je suis, j'ai pu observer à ma guise (toute référence à une publicité est fortuite ^^) les légères modifications et autres changements que Monet pouvait effectuer d'une toile à une autre. Un aspect naturellement méconnu en temps normal et qui a favorisé la compréhension d'un travail de longue haleine, tant dans les différentes perceptions du peintre (palette de couleurs, paysages immortalisés à certains moments de la journée...) que dans ses diverses approches de la peinture (réalisme, pointillisme...), avec un souci du détail qui m'a conquise jusqu'au bout des ongles.

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Paris ou l'architecture urbaine

Dans une exposition comme celle-ci, il est bien sur des tableaux que l'on attend, à presque en trépigner d'impatience -et j'y reviendrai- mais aussi de vraies découvertes. Aussi, même si j'admire Monet par dessus tout, jusqu'à avoir foulé il y a quelques années avec plaisir les allées du jardin de Giverny, sa serre et sa maison, ce serait bien présomptueux de ma part de prétendre tout savoir. Et c'est notamment dans la visite des premières salles que j'ai été le plus surprise, butinant des informations artistiques intéressantes sur terrain méconnu.
Il était d'abord question d'un travail sur le paysage urbain dont j'ignorais tout mais qu'Emile Zola décrit fort bien par ces quelques mots, pris sur le vif le jour même:

"Monet a exposé cette année des intérieurs de gares superbes. (...) Nos artistes doivent trouver la poésie des gares comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves."

Je dois reconnaître ne pas y attribuer ma préférence, d'un point de vue esthétique, mais ces détails au sein de la ville, ces impressions subtilement reproduites et cette puissance de la machine urbaine en marche m'ont quelque peu fascinée, sans doute aussi car il s'agissait d'ouvrages à découvrir. Il y avait dans ces tableaux un Monet que je ne connaissais pas, moins romanesque de toute évidence, mais empreint d'un modernisme fier et entêtant, qui posait sur la peinture le visage d'un Paris nouveau et à venir, avec une force presque inquiétante.

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A la découverte d'un autre Argenteuil

Coquelicots_Argenteuil

Pont_argenteuil

Bassin_Argenteuil

(Argenteuil, les coquelicots, son pont, son bassin)

Plus léger toutefois, le voyage en banlieue, avec une série de tableau qui m'est chère et familière mais dont j'ignorais pourtant le lieu exact... Et si ces champs de coquelicots laissaient derrière eux comme un doux parfum de campagne, Monet y a dressé avec ardeur le nom d'Argenteuil, peignant dans l'une de ses variations sus-mentionnées les étendues d'eau, les pique-nique en bord de fleuve et d'autres scènes charmantes d'un quotidien qu'on ne saurait imaginer aujourd'hui dans la même ville.
Un exercice de style passionnant qui se perdait entre des paysages d'un autre temps et l'aspect architectural citadin (les détails d'un pont en l'occurrence) et qui introduisait somme toute très bien la suite de l'oeuvre colossale qui le caractérise.

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Au gré des voyages...

En m'engouffrant peu à peu dans les nombreuses salles de l'exposition, j'ai aimé vagabonder, plus que tout, au sein des voyages de Monet, m'ébahissant autant des toiles peintes dans ses différentes maisons de campagne que de celles amenant à de plus lointains horizons. Alors, de la Normandie à Giverny, de l'Île de France à la campagne profonde, de la Côte d'Azur à quelques villes française dont Paris, sa capitale, pour s'en aller ensuite joliment vers l'étranger (Italie, Angleterre, Grand Nord...), c'est une véritable quête artistique qui m'a sautée aux yeux, étude détaillée comme jamais encore auparavant, je n'avais pu en prendre conscience.

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Un travail de génie

Le peintre a en effet su jouer de son génie à tous les niveaux, qu'il soit technique ou esthétique, et le résultat est une montagne de chef-d'oeuvres dont la pluralité exquise nous emporte par le biais de paysages, de peintures citadines, de natures mortes, de scènes figuratives et de portraits dans une aventure étrange et colorée, qui n'a cessé d'évoluer au fil des années. Monet, en ce sens, a traité son art avec un travail de plus en plus abouti sur la lumière notamment, et s'est livré à l'impressionnisme avec ferveur, en ne cessant jamais de s'essayer tant à la précision qu'à un flou artistique, plus suggestif que réaliste, mais au final très prenant, au sein de ses diverses toiles.
Suspendant ainsi le temps pour quelques tourments météorologiques avec, entre autres, des représentations de ciels incroyables pris sur le vif et qui ne pouvaient laisser de marbre, il m'a semblé être d'avantage concernée par cet aspect précis de son oeuvre, tantôt coloré tantôt torturé, et qui tendait à de si délicieux paysages.

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La Provence, le Sud, la Méditerranée

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(Représentation de Menton, vu de Cap Martin)

Bordighera

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(Les jardins de Bordighera, Italie)

Je prends l'exemple de la Côte d'azur, contrée qui m'est chère et qui m'a fort étonnée dans son rendu, d'une part car je ne connaissais que très peu les ouvrages de Monet la concernant, et d'autre part, par son caractère tout empreint de nuances, doté de couleurs vives et chatoyantes. Quand bien même alors, l'ambiance ensoleillée légèrement floutée ne m'a pas forcément permis de reconnaître des lieux pourtant familiers, je me suis délectée de ces peintures gorgées d'une force joyeuse dont la beauté, semblable aux paysages d'Italie qu'il a peint dans la foulée, possédait un ressenti étrangement perceptible et emblématique du Sud, petites merveilles estivales qui fleurent bon la Provence et la Méditerranée pour un soupçon d'exotisme dépaysant à souhait.
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Brève halte en Normandie, bord de mer

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(Les falaises d'Etretat)

Ceci étant, je pourrais tout aussi bien évoquer les falaises d'Etretat et la Normandie dans son ensemble puisque Monet a donné ici encore un vrai sens à ses nombreuses toiles, mettant cette fois l'accent sur le tumulte de l'océan et des rochers, et provoquant de plein fouet la fascination dans le tourment. Un rendu qui mêlait avec brio la créativité à l'émotion, et au sein duquel ma sensibilité n'en est pas sortie indemne.
Il va de soi alors que le côté "nature morte", tout en demeurant un exercice difficile et important, j'en conviens, n'est pas parvenu à m'émouvoir ou me marquer, et cette partie de l'exposition, bien que très brève, m'a fait rester sur une position neutre qui tend à approuver le travail sans toutefois m'y attarder grandement, tous sens en éveil.

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Le déjeuner sur l'herbe: un travail fascinant

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(Le déjeuner sur l'herbe, extraits)

J'aurais plus envie, de toute évidence, d'évoquer l'une de mes périodes favorites à laquelle le Grand Palais a consacré une salle spacieuse, pour mon plus grand bonheur. La forêt de Fontainebleau ou son fameux déjeuner sur l'herbe en grandeur nature (par fragments) ainsi que ses nombreuses variations m'ont littéralement transportée dans une autre époque, où l'impressionnisme était de rigueur et la mélancolie trouvait refuge dans une esthétique certaine. Tout dans ses tableaux, contribue en effet à entamer l'ode romanesque qui me sied tant, au moyen d'un coup de pinceau de génie, d'une luminosité accrue, et de personnages qui semblent si vrais que les scènes dépeintes, assurément pleines de vie, en deviendraient presque familières. Il y a dans les expressions des personnages, la gestuelle, les costumes, les animaux ou quelques détails, cette vivacité qui dépeint le quotidien dans toute sa splendeur, nous perdant définitivement dans ladite représentation pour mieux y assister.

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Femme_au_jardin

(Femmes au jardin)

Peut-être alors Monet s'est-il imprégné de l'amour qu'il éprouvait pour sa première femme, Camille, afin de la faire figurer au sein de ses toiles et ainsi les transcender ? Toujours est-il que le résultat est un joyau colossal qui nous emmène vers des contrées fleuries s'appropriant une évidente magie et dont le dernier tableau, bien plus tragique, qui représente la mort de Camille est une conclusion aussi douloureuse qu'intense et riche, évocation d'un talent mis à rude épreuve mais qui puise dans la peine et l'angoisse une puissance presque insoutenable.

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Variations autour de la cathédrale de Rouen

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(La cathédrale de Rouen, trois vues différentes)

Si la série de portraits a su capter mon attention, de par les détails notamment et la confrontations des uns et des autres dévoilant au grand jour de nombreuses différences, il m'a semblé plus intéressant de m'attarder, dans le cadre de ce billet, sur les variations autour de la Cathédrale de Rouen. Il s'agit naturellement d'ouvrages connus du grand public, si tant est qu'on s'intéresse quelque peu à la peinture, et ils n'auraient certes pas ma préférence en temps normal, mais les voir côte à côte m'a paru d'un coup plus impressionnant qu'à l'accoutumée, laissant percevoir de la sorte un jeu fascinant sur les dégradés de couleurs et les changements de lumière, quasi-imperceptibles dans les livres mais assurément frappant dans la réalité. Allant de l'un à l'autre pour mieux les observer, j'ai pu constater d'avantage toute la minutie que Monet retranscrivait dans lesdites peintures, le soin comme le souci du détail, et le résultat m'est apparu tellement différemment que je ne pouvais qu'en être ébahie.
"Tout change, quoique pierre." assurait l'artiste. C'est ainsi qu'à chaque moment de la journée, et par tous les temps, il a su retranscrire par le biais de la peinture, une harmonie colorée de l'édifice, dont la justesse et la précision témoignent d'un pari habilement relevé.
Une série qui lui a valu, par ailleurs, sa renommée parmi les plus grands et qui a été reprise depuis par d'autres artistes dans de nombreux courants artistiques modernes, dont l'exposition nous a dévoilé quelques bribes.

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Londres et Venise... Un flou artistique avéré

Dans le cadre des voyages de Monet à l'étranger, j'ai tout particulièrement retenu les villes de Londres et Venise qui se complètent aussi bien qu'elles se distinguent l'une de l'autre.

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(Londres, la Tamise et le Parlement)

La première, composée de plusieurs tableaux fortement inspirés des peintures de Turner, m'a envoûtée de par sa brume ensoleillée et son coup de pinceau délicieusement flou, planant sur la Tamise. Il y avait dans ces ouvrages une sorte d'énigme, de mystère à découvrir, à l'image de la capitale emblématique de Sherlock Holmes.
On ne peut nier alors la perspective parfois fantaisiste de l'ensemble, mais elle présente surtout l'intérêt de révéler quelques toiles hors du temps, volontairement fantomatiques, et dont le choix des couleurs s'impose de lui-même, non sans un certain enchantement. Des formes qui s'égarent et une ville qui se devine plutôt qu'elle se contemple... Le "London trip" de Monet, sur lequel il a travaillé de nombreuses années jusqu'à la perfection, s'est éloigné de la réalité pour se rapprocher d'avantage d'une cité rêvée bien que plongée dans le "fog" sacré, tendant à un courant artistique dont lui-même se délectait.
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(Le grand canal de Venise)

Pour Venise, le style semble le même de prime abord, mais plus encore que la lumière, Monet se focalise cette fois sur l'eau et effectue un travail délicat qui le poussera, une fois encore, à insérer au sein de ses ouvrages, cette portée énigmatique qui semble le caractériser durant cette période. Il en résulte quelques oeuvres à l'atmosphère romantique, peut-être même un brin mélancolique. Et si je connaissais assez peu cette facette, je suis ressortie de l'exposition avec un joli coup de coeur pour cette thématique à la poésie doucement raffinée.

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Le travail sur les meules

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(Meule)

En revanche, je passerai volontiers mon tour sur les variations autour des meules. Non pas que la campagne me rebute ou qu'il s'agisse d'ouvrages ratés, loin de là, mais plutôt par goût et en totale subjectivité. Je ne me suis pas sentie concernée à ce sujet et j'ai souvent besoin, pour apprécier un tableau dans toute son ampleur, de faire appel à ma sensibilité...

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Final grandiose à Giverny: L'époque des Nymphéas

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(Giverny, le pont japonais et Les Nymphéas)

J'en viens donc à la phase finale mais pas des moindres qui n'est autre que la période que Monet a passé à Giverny, en fin de vie. Nul doute que je ne vous apprendrai rien à ce sujet, tout au plus vous ferais-je partager quelques ressentis. Mais comment ne pas s'extasier sur ses fameux Nymphéas (nénuphars), son joli pont en bois, ses fleurs subtilement floues ? Le jardin fut assurément pour l'artiste une source d'inspiration sans fin, voire de fascination, dans laquelle il s'est plu à peindre des toiles immenses et passablement abstraites, trouvant un intérêt plus vif, semblerait-il, à l'imaginaire qu'à la réalité. Mettant en valeur des fleurs, une rivière, des arbustes, il s'est peu à peu totalement éloigné de ses ouvrages qu'on lui connaissait au départ pour se complaire dans quelques représentations au sens imprécis mais toujours empreint de cette pudeur imagée. Ainsi, Giverny, dont quelques toiles sont évidemment plus réalistes, s'est peu à peu transformé, de sa condition de jardin, en un paysage infiniment grand, défiant les lois du possible pour s'en remettre à celles de l'abstraction la plus totale. Certains tableaux moins connus alors, sont difficiles à percevoir. Les couleurs choquent par leurs vives teintes, presque agressives, et le visuel est comme déformé. Dans d'autres ouvrages au contraire, qui ont naturellement ma préférence, les formes pastelles se meuvent avec douceur et esthétisme, vers des contrées improbables.
Cette série ne pourrait laisser de marbre. Pour la fin de sa vie, Monet a vu grand, très grand. Il a préféré le beau au réel, l'abstrait au concret, s'adonnant dans le cadre de son lieu d'habitation à de merveilleuses peintures, et le prenant par la même occasion à partie. Déjà reconnu à l'époque pour son travail aussi précieux que diversifié, il a tenté avec brio un style encore nouveau, un peu magique en quelque sorte et dans des teintes aussi curieuses qu'atypiques. Pour avoir d'ailleurs visité Giverny, il est plutôt charmant de penser combien il a su transcender son jardin et rendre de simples végétaux ou un humble pont japonais inoubliables, à tout jamais. Car le lieu est un hameau de paix et de verdure certes, reposant et fort bien paysagé, mais c'est par ses peintures qu'il est devenu bien plus encore, possédant finalement cette aura que seuls quelques endroits chanceux détiennent parfois...
Il était évidemment de très bon ton, dans le cadre de l'exposition, de consacrer en guise de conclusion une salle gigantesque à cette période de calme et de fin de vie où Monet, bien loin de s'éteindre, a su au contraire faire vivre son génie plus encore qu'il ne l'avait fait auparavant, finissant son oeuvre avec brio et s'évertuant à poursuivre l'aspect novateur de sa peinture. Ses Nymphéas aujourd'hui mondialement connus, témoignent bien de l'ampleur de son travail, de son art et de sa personnalité, tous trois en perpétuelle évolution, et qui ne cessent encore maintenant de nous extasier, de nous émouvoir et puis rêver.

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Il serait inutile je crois, d'en dire encore d'avantage. La subjectivité de ce billet ne serait rien sans matière en effet, et faut-il que l'exposition du Grand Palais ait été un réel évènement pour susciter tant d'impressions magnifiques et l'évocation d'une curiosité non feinte. Car au-delà de la culture, de la foule ou de l'évènement parisien qu'on s'arrachait, elle a su mettre en valeur l'oeuvre de Monet quasi-complète avec une grâce et une collection incroyables, comme rarement cela avait été fait jusqu'à présent. Ainsi, cette notion de grandeur s'est vue renforcée par une véritable sensibilité dans la peinture, élevant l'art jusqu'au sommet. Jusqu'à l'esthétique. Jusqu'à la technique. Mais plus encore, jusqu'à l'indicible.
Une voie ouverte sur l'impressionnisme débridé de Monet qu'il ne fallait en aucun cas manquer.

-Livy-

Je suis quant à moi repartie avec un joli souvenir,
Pour décorer mon salon d'une petite touche de plaisir ;)

Cadre_expo_Monet_Grand_Palais_2010_2011

 

Posté par livy_etoile à 08:00 - Je me culture à Paris - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Chouette visite et super souvenir pour toi

    Posté par July, 10 mars 2011 à 12:53
  • Monet est mon peintre favori mais je n'ai pas oser me frotter à la foule... alors je l'ai laissé filer! Merci pour ce billet très détaillé qui m'a permis de me donner une idée de ce que l'exposition pouvait être...

    Posté par ogressedeparis, 12 mars 2011 à 01:02
  • July:
    Que de bons souvenirs, je te confirme ^^
    J'espère que ma petite visite virtuelle t'a plue !

    Posté par -Livy-, 16 mars 2011 à 19:44
  • Ogresse:
    Bienvenue à toi ici et merci pour ton post
    Je te rejoins naturellement sur Monet, puisqu'il est également mon peintre préféré et qu'il s'agissait là d'une exposition rêvée... C'est sans doute d'ailleurs la raison qui m'a poussée à me rendre au Grand Palais alors que je dois être au moins autant anti-foule que toi ! ^^
    Mais je suis ravie d'avoir pu te faire partager quelques unes de mes impressions à ce sujet par le biais de mon billet. A bientôt j'espère !

    Posté par -Livy-, 16 mars 2011 à 19:52
  • Ça c'est du résumé. En tout cas bravo pour le courage d'oser faire la queue dans la nuit et le froid.

    Je suis pas un grand fan de peinture mais en général j'aime bien Monet pour la lumière qu'il arrive à faire ressortir de ses tableaux.

    Posté par John C., 18 mars 2011 à 18:30
  • John:
    Oui, je crois que j'ai une prédisposition pour les articles-fleuves, que veux-tu ! ^^
    Mais je te remercie infiniment de saluer mon acte de bravoure et ma résistance au froid qui est pourtant si mince en général...
    Je sais bien, mon geek, que la peinture n'est pas ce que tu préfères en matière d'art, mais je suis néanmoins toute contente de pouvoir te faire découvrir un peu mieux l'univers de Monet que j'aime tant

    Posté par -Livy-, 24 mars 2011 à 16:17

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