Livy Etoile

~ Une pincée de rêve, un soupçon de bonheur ~

02 novembre 2008

Alister à la Cigale

Alister___Aucun_mal_ne_vous_sera_fait

De Alister, il y a encore quelques mois, je ne connaissais pas grand chose.
Un parcours atypique et semé d'embûches.
De bonnes inspirations pour l'écriture.
Des textes écrits pour Un Gars/Une Fille, La Minute Blonde...
Une collaboration avec Adrienne Pauly (ce qui en soit, est forcément une bonne chose ^^),
Et puis surtout, l'amour de la musique, toujours et encore, depuis une multitude d'années.

°

Mais lorsque Qu'est-ce qu'on va faire de toi?, la chanson qui l'a fait connaître a commencé à envahir les ondes, il y a de cela quelques mois, il y a eu en moi une sorte de révélation.
Le morceau, puissant, entraînant, rock à souhait, avait en plus de tout ce qu'on écoute à longueur de journée ce quelque chose de singulier qui le faisait, l'air de rien, sortir de la banalité des petites mélodies sans envergure.
A la fois prometteur dans la sonorité de la musique comme dans l'impact de son texte, il laissait derrière lui un flot saccadé de vérités brutes, drôles et énervantes comme la vie et prononcées, dans une certaine nonchalance, avec un je-m'en-foutisme incroyable et un sens acerbe de la réalité.
Une merveille.
Une pure merveille, que dis-je.
Et ce n'était pas le contenu intégral de son premier opus Aucun mal ne vous sera fait qui allait par la suite me décevoir, bien loin de moi cette idée.
Oui car Alister fait parti de ces artistes atypiques et décalés que j'aime tant et qui savent rester en parfaite cohérence avec eux-mêmes, dans un souci de garder leurs idées intactes, de nous atteindre vraiment et de nous toucher au moyen d'une création pure et simple. Il a ce petit don qui consiste à pouvoir trop en faire mais sans excès, savoir écrire des textes qui s'adressent à un large public et qui, bien loin de tomber dans la facilité, ne se regardent pas le nombril mais au contraire nous parlent à tous, pouvoir imposer ses rythmes nerveux et ses talents de musicien sur des morceaux de rock...
Et naturellement, au milieu cet univers qui me fait tourner la tête autant qu'il m'inspire, il ne manquait qu'une seule petite chose.
Une romance nerveuse. (ha ha)
Un live.

.

"On va t'inoculer de l'allégresse, on va t'injecter de la graisse,
On va te faire des promesses, on va renier ton étoile
On fera de toi une victime collatérale, on te coulera dans le macadam
On va te diviser en pixels , on va multiplier ton quotient intellectuel
On va rappeler tes anciens amis, on va leur dire que tu filtres
On va changer ton théorème,
On va trouver quelqu'un qui t'aime,
On va trouver quelqu'un qui t'aime,
On va trouver quelqu'un qui t'aime...
Qu'est-ce qu'on va faire de toi?"

.

Je vous plante donc le tableau.
19h30, un vent bien frais et une pluie fine, quelque part dans le nord de Paris.
On était le 30 octobre 2008, c'était un jeudi, je filais droit vers La Cigale (pour changer) et m'apprêtais à entamer les concerts de la rentrée du bon pied.
Une chance: parmi mes réservations prochaines, celui-là était de loin mon préféré.
Je suis entrée et ai choisi d'emblée une place de choix. Pour le moment, il n'y avait pas foule alors je décidais d'en profiter.
La salle s'est remplit doucement en effet, moyennement enthousiaste face à la prestation de la première partie qui sans être mauvaise ne dégageait pas assez d'intensité et de dynamisme pour parvenir à capter vraiment l'attention du public.
Une belle et sympathique énergie cependant, mais on s'arrêtera là car j'ai oublié leur nom...
N'est pas Alister qui veut. On le savait déjà.
Mais lorsque le sieur est entré sur scène accompagné de ses musiciens, avec cette simplicité incroyable qui le caractérise, le live pouvait enfin commencer.
Une nouvelle dimension s'offrait alors à moi.
Une dimension bien décidée à rester dans ma mémoire mais voyez plutôt...

°

La salle s'étant rudement remplie durant l'entracte, le staff s'est même mis en quête d'ouvrir le premier étage jusqu'alors fermé et la fosse, déjà, était surchauffée.
Elle criait, proférait quelques phrases à l'arrachée, s'adressait à l'artiste et Alister, aux anges, a attaqué d'emblée.
Il nous a salué, questionné, a répondu aux questions de certains, les narguant gentiment.
Il s'est attardé sur quelques anecdotes rendant d'emblée son show interactif et s'est laissé prendre au jeu avec un humour propre à son tempérament, décalé et ironique, débridé, un brin cynique.
Il était l'homme de la situation, présent et bien décidé à donner tout et faire de cette soirée un moment qui resterait dans les annales.

°

Sur scène, l'ambiance battait son plein.
Les morceaux d'Alister s'enchaînaient avec un naturel désarmant, le dynamisme en maître-mot, la tourmente sous-jacente.
Les textes ont immédiatement touché le public qui, réceptif, les reprenait de plus bel tandis que l'artiste lui, se plaisait à les modifier à sa guise pour l'occasion, les chanter différemment, utiliser de nouvelles notes... Un vrai délice.
Puis le dynamisme enjoué a doucement laissé place au rythme nerveux des guitares, saccadé, entraînant, et c'est toute la foule qui s'est mise à danser dans une effervescence digne d'une véritable rockstar.
Alister lui, bougeait peu. Paré de son look rock-bohême, un peu désarçonnant, qu'on lui envie tant mais qui ne pourrait assurément aller qu'à lui, il s'imprégnait pleinement de sa musique, vraisemblablement très à l'aise sur scène et peu impressionné, cheveux longs en avant et visage tourné vers le public, dégageant une aura qui le poussait naturellement à attirer tous les regards sur lui.
Un jean, un blouson, une guitare suffisaient à le rendre charismatique et sa présence même avait le charme et l'élégance latente des groupes de rock "old school" qui nous ont tant marqué.
C'est que loin d'avoir un charisme ordinaire, il émanait de lui un charisme totalement décalé et l'impact n'en était sans doute que plus grand. Il obéissait comme toujours à ses propres règles et ne cherchait en aucun cas à se faire passer pour quoi que ce soit.
Sur scène, point de triche, juste rester soi-même.
Son jeu de scène était tellement naturel qu'il en paraissait simple, naturel. Il n'y avait pas de mascarade ni de faux-semblants. Mais au contraire, il vivait sa musique, pleinement, et s'y perdait juste pour le plaisir.
Il nous a révélé l'air de rien un véritable talent, non seulement à la guitare mais surtout au piano où il s'est laissé aller à quelques impros, reprises, notes de compositeurs célèbres, là, juste comme ça où on ne l'attendait pas, entre deux chansons de son cru et vouées à dévoiler une sensibilité artistique qui de prime abord semblait se cacher sous le jeu de la dérision, maîtrisé à merveille.
Et le concert de reprendre comme si de rien n'était...
C'est que les esprits s'échauffant de plus en plus dans le public, les mélodies rock se poursuivaient et s'entrechoquaient sans se ressembler et tout est soudain devenu "Sex, drugs & rock n'roll" les minutes passant.
Alister a d'ailleurs demandé avec humour aux personnes dans la fosse de draguer, se chauffer, se toucher, un clin d'oeil sans doute à la petite phrase de son Myspace:
"Aimez-vous les uns sur les autres."
En effet, il a un peu fait de la provocation une marque de fabrique mais sans en abuser pour autant. Le personnage est ainsi, provocateur à ses heures, persiflant parfois, attachant toujours...  l'humour en bouclier, parce qu'il le vaut bien.
Alors, tout au long du concert, dans un esprit cinglant de réparties, fort plaisant au demeurant, il s'est plu à jouer avec les mots. Il les façonnait et les guidait tant qu'il voulait, les menant tout droit sur le chemin de l'ironie, de la dérision, de l'humour noir et plus encore, aussi bien dans ses textes que dans ses mélodies.
Et le mélange des deux, au sein de son show s'est révélé être un véritable régal.

°

Lors des morceaux énergiques, il se déchaînait de cynisme et de réflexions sur l'avenir. Il évoquait la société actuelle, prônait l'étourdissement, le néant de ce monde, la décadence et les soirées trop arrosées. Il était là à se débattre dans la musique comme dans la vie, dans un rôle naturel d'écorché-vif qui lui allait décidemment bien.
Puis, rempilant sur une balade, il s'est fait plus tendre, moins à cran et s'est mis à s'imprégner de tout son être, émotif comme jamais.
Il nous a notamment servi une interprétation magnifique de 7 heures du matin au piano, laissant derrière lui un silence respectueux, avant de se raviser aussi sec en plein milieu de la chanson et de lancer un "Ne vous suicidez pas" venu bien à propos, comme prisonnier de sa propre dérision...
Parmi les moments forts du concert, on aura pu noter également une reprise surprenante de Procol Harum (oui, oui, vous avez bien entendu, Procol Harum) au piano sur Another shade of pale qui n'avait rien à envier à l'original tant elle était surprenante, tombée là par un hasard des plus magiques.

°

Ainsi, s'il nous a gratifié de l'intégralité de son premier album, le rendu du live, en plus de transcender les chansons et de nous faire savourer des textes dont on ne se lasse décidemment pas, a transformé le concert petit à petit en un moment très "rock n'roll", et à bien y penser, fort impressionnant.
La voix grave et imposante d'Alister s'harmonisait parfaitement avec l'ensemble et non contente de lui donner ce petit plus, elle se présentait étonnamment juste et posée, chose plutôt rare quand on est coutumier des concerts rock ^^
Du parlé au chanté, il a joué avec elle à merveille, la rendant tantôt rauque, tantôt plus mélodique mais à ma grande surprise, sachant toujours la maîtriser sous un certain laisser-aller, décidemment feint.
Un atout supplémentaire que cette voix qui porte pour s'adresser à son public et créer ainsi avec lui une véritable connexion.
Le concert est en effet demeuré interactif du début à la fin et le public, pris à parti, enhardi, s'est mis à s'agiter de plus en plus, escaladant la scène par moments, slammant, pogotant. Indiscipliné et bien vivant, tout simplement.
C'est qu'une fois le dialogue instauré, il n'en a plus été autrement.
Tous les morceaux avaient droit à leur brève introduction parlée, leur petite touche d'humour aussi et la foule d'y participer ardemment.
"Je vais vous interpréter à présent un morceau folklorique, c'est de la chanson française!"
"La prochaine chanson parle de comment bien réussir son clafouti."
"C'est fini Woodstock, maintenant c'est Bagdad."
"La chanson qui va suivre s'appelle Désordre: ça parle de vos chambres"
"Eh bien ça y est, on a fait tout notre répertoire, il n'y a plus rien à jouer. Nous allons donc vous interpréter la Marseillaise... que bien sur vous allez siffler!"
...

°

Je pourrais ainsi continuer à écrire encore des lignes pour vous décrire l'ambiance, la liesse générale, le partage de la musique, la fougue des rappels et puis le reste. Je pourrais vous dire combien Alister est un dandy moderne, déjanté voire fou à lier, que son élégance naturelle est incroyable, vous expliquer comment il a voulu faire monter les enchères sur un magnifique tee-shirt intitulé comme l'une de ses chansons "Fille à problèmes" et comment ce tee-shirt a été volé par un spectateur venu de nul part et surgissant inopinément sur scène. Je pourrais aussi vous raconter qu'il a présenté ses musiciens de façon plutôt cocasse et que ces derniers, talentueux et discrets, ont remporté un franc succès de la part du public qui scandait leurs noms à n'en plus finir.
Je pourrais vous dire tout ça oui, mais à quoi bon...

Qu'est ce qu'on va faire de lui? Mais le garder le plus longtemps possible, pardi!
Le fait est que j'ai passé un moment délicieux et que le retranscrire "comme en vrai" est une mission bien périlleuse pour un concert doté de tant d'intensité.
Il y a juste des choses qui ne s'expliquent pas. Pour tout le reste, il y a Mastercard.
Force est d'admettre que la prestation d'Alister m'a laissé sans voix me rassurant pleinement quant à l'avenir (jugé souvent incertain) du rock français.
Déjà subjuguée en avril dernier par le concert de Mademoiselle K après lequel, je m'étais faite cette petite réflexion en moi-même, j'en ai cette fois-ci été totalement convaincue:
Non, le rock français n'est pas mort et les nouveaux artistes, créatifs en diable, n'ont pas dit leur dernier mot sur la question. Toujours plus novateurs, ils expérimentent le terrain d'une musique future à partir de fortes inspirations "old school" qui nous ensorcellent à chaque fois un peu plus. Ils innovent ou recyclent selon l'humeur, nourrissent leurs textes d'expériences de vie et peaufinent des mélodies furieusement attrayantes.
Ils sont des poètes des temps modernes, rebelles et révoltés, bien souvent blasés, joliment réalistes aussi, maniant les mots et les sons à la perfection dans la tourmente du monde moderne.

°

Alors, le concert d'Alister jeudi était tout simplement un joyeux bordel, à l'image de sa chanson du même nom.
Une pagaille, un remue-ménage, un cyclone ou un typhon.
Quelque chose de turbulent et de fou furieux.
Dingue et re-dingue, psychopathe, impossible de passer à côté.
Romanesque et poétique également, c'est compatible avec le reste, allez savoir comment.
Et il se trouve que par le plus grand des hasards, les remue-ménages de ce genre procurent un plaisir intense à ceux qui ont la chance d'y assister...

-Livy-
Juste en pleine euphorie

--> Le Myspace de Alister <--

Posté par livy_etoile à 08:00 - Trois petites notes de musique - Commentaires [7] - Permalien [#]
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Commentaires

    star singing

    chère prof de musique
    vous allez être fière de moi!
    j'ai acheté le dernier cd d'oasis qui arrivera grâce à amazon mon ami!
    biz
    musy the star singing

    Posté par musy, 03 novembre 2008 à 18:42
  • Les grands esprits se rencontrent Musy,
    Ton prof de musique vient tout juste lui aussi d'acheter un nouveau cd (Alister d'ailleurs, au moins je suis raccord avec mon billet), chose qui doit lui arriver deux fois par an et encore!

    Il compte évidemment sur toi pour zieuter avec assiduité le nouvel album d'Oasis une fois que tu l'auras écouté comme il se doit, en boucle, pendant des mois ^^

    Posté par -Livy-, 05 novembre 2008 à 21:24
  • Tag

    Hello !

    Je t'ai taguée sur mon blog. Ca s'appelle "5 songs but 1 Me" et le but est de trouver 5 chansons qui te définissent. J'espère que tu relèveras le défi !

    Bises

    Posté par Cissie, 05 novembre 2008 à 21:52
  • Et comment que je le relèverai! ...
    D'autant plus que le thème du tag en question me correspond suffisamment pour que j'y participe de bon coeur mais ça, tu le savais déjà ^^

    Laisse moi une p'tite semaine, le temps d'organiser mes idées et tu verras un nouveau billet, musical bien entendu,apparaître très bientôt ici-même.

    Des bisous!

    Posté par -Livy-, 06 novembre 2008 à 09:02
  • Cool !

    Surtout que j'ai déjà eu un refus

    Posté par Cissie, 06 novembre 2008 à 17:39
  • Le concert d'Alister a pour moi aussi été un des meilleur concert que j'ai vu depuis longtemps.
    Prenez un artiste décalé avec de très bon texte, de l'humour et du charisme et un public conquit. Mettez tout ça dans une salle de concert à taille humaine (la Cigale) et vous obtenez le concert à voir absolument et qui donne la banane en sortant de la salle (même sous la pluie et la fraicheur automnale).

    Posté par John C., 09 novembre 2008 à 18:51
  • Cissie:
    Pas de refus de mon côté, sois tranquille
    Mais j'ai commencé à me pencher sur la question et fichtre! Ce n'est pas si facile que ça, de trouver des chansons qui nous correspondent.
    Bientôt le billet cependant (il se prépare doucement mais sûrement...)

    John:
    Totalement mon point de vue ^^
    Contente de t'avoir vu aussi enthousiaste, surtout que tu ne connaissais pas trop l'artiste avant ce soir-là.
    Espérons que les concerts à venir seront aussi prometteurs.

    Posté par -Livy-, 11 novembre 2008 à 20:57

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